dimanche 10 mai 2026

Elle regardait les flammes

 


 

 

   Elle regardait les flammes sans comprendre. Où étaient-ils passés ces instants de paix, à se rouler dans les herbes pendant que le troupeau paissait ; à se régaler du bon pain et de fromage dans la grande salle à manger de pierre de ses parents cossus ?

   Que s’était-il passé depuis qu’elle avait chevauché voir le sieur de Baudricourt ? Où étaient ses compagnons de voyage : Jean de Metz, Bertrand de Poulengy et les autres joyeux lurons ; ceux-là même qui ne juraient que par son prénom et qui lorgnaient ses fesses dès qu’elle avait le dos tourné ?

   En deux ans, elle avait voyagé comme une forcenée : Reims, Orléans, Patay, Auxerre, etc. Toutes ces villes où on l’acclamait, où l'on touchait son plastron, on l’invitait à boire et manger…Tous ces visages tournés vers elle, avec une lueur d’espoir, d’incrédulité parfois.

   Ils s’étaient lassé d’elle et de son obstination à ne pas écouter. Ils avaient fini par la  répudier du Conseil de guerre, parce qu'elle ne comprenait rien à la guerre ou à la politique. Ils lui avaient tourné le dos. Elle n’était plus la meneuse d’hommes ; elle n’était plus rien. Même le Roi de France, qu’elle avait "réveillé", la regardait de loin avec un air condescendant !

   Les ennemis de la France s'étaient emparé d'elle par l'intermédiaire des Bourguignons, des Français. Ses geôliers avaient fini par la rejoindre une nuit, et avaient joué avec son corps frêle ; l’obligeant à boire la coupe jusqu’à la lie...

   Elle qui n’avait tué personne, si ce n’était de motiver la troupe pour le faire à sa place, elle se retrouvait là à regarder les flammes sans comprendre ; alors que cette foule qui les regardait aussi, comprenait. Elle avait espéré qu’après tous ces gens qui l’avaient ovationné, il y en aurait au moins un qui lui expliquerait pourquoi elle regardait les flammes.

   Personne ne s’était donné la peine de lui expliquer…

   La « Pucelle » avait tout bonnement échouée, dans sa "tâche divine", de "bouter les Godons" hors de France. Elle avait été une opportunité, une marionnette, un symbole que Charles VII avait eu du mal à accepter. Il s'en était débarrassé dès que Jeanne était devenue ingérable, inutile ;  dès qu'elle avait posé un obstacle à la réconciliation nationale indispensable pour chasser les Anglais hors de France.

    De nos jours, on continue à la rejoindre une fois par an pour jouer avec son âme frêle, la prostituant de Gauche à Droite, selon d'où vient le vent. Tout comme ses oppresseurs avaient joué d'elle dans sa cellule. On persévère à la brûler dans les feux politiques, à des sauces mesquines et corrompues, comme simple jouet factice.  Elle fut déterrée pour bouter hors France les Allemands de la fin du 19e siècle, puis du début du 20e siècle, sans plus de résultat.

   On s'acharne à la déterrer pour chaque envahisseur imaginé aux frontières du roman national.    Et des dirigeants belliqueux se font le plaisir d’aduler une hallucinée charismatique, d'autant plus si c'est une pucelle ! Une belle aubaine pour des benêts.

   Dieu n’a t’-il jamais été du côté de la Pucelle ?


 

 


 


2 commentaires:

  1. Merci d'avoir blanchi le texte. Pour le fond, la « Pucelle » est une héroïne française. N'étant pas française, je peux pas la critiquer. Nous, on a Thyl Ulenspiegel dont le nom est imprononçable pour un habitant de l'hexagone ou Lucky Luke dans un tout autre registre. Eux sont fictifs, c'est moins dangereux d'en dire du mal.

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    1. Chère Mme Chapeau. Curieusement je me suis essayé à prononcer le nom de Thyl et je n'y trouve aucune difficulté... Quant au danger de dire du mal ou du bien de qui que ce soit est inhérent dans tout avis. Je ne dis point de mal de la Jeanne, je dis simplement mon ressenti du "roman national" qui perverti l'Histoire, selon moi, pour coller avec un dogmatisme d'état.

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Inspiration-expiration

Inspiration... L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme. Expira...