lundi 29 juin 2026

"Le dossier jaune" (1)

   La pluie de fin de soirée frappait contre les stores en plastique de mon bureau, rythmée par le ronronnement fatigué du néon publicitaire d'en face. Sur mon bureau en skaï, entre un reste de café froid et un cendrier plein, s'étalait un dossier jaune de la Direction de l’Action Sanitaire et Sociale. Rien que le titre appelait un passé poussiéreux ; un dossier qui puait la misère ordinaire et les destins brisés avant même d'avoir commencé.


   Je l'ai ouvert. Le nom s'affichait en lettres dactylographiées : Ba. Gilles, né en 1963. Un gamin pris dans les engrenages d'une machine administrative qui broie les âmes en silence. 
   Les premières pages se lisaient comme un constat de sinistre. Admis à quinze mois à peine avec presque aucune information, si ce n'est un accouchement prétendument normal. Des parents déchus à deux reprises de leurs droits parentaux, dont les minutes du dernier jugement attiraient mon attention :  

« Attendu que de mauvais traitements sont fournis sur le compte de la dame Ba. dont la conduite et la moralité font l'objet de nombreuses critiques et qui compromet par des exemples pernicieux, un défaut de soins et surtout un manque de direction nécessaire, la sécurité et la moralité de ses enfants... Attendu qu'en raison des déficiences du milieu familial, il échet de déclarer Louis et Georgette Ba. déchus de la puissance paternelle à l'égard de leurs enfants nés et à naître. »

 
   Le gamin débarque aux Affaires Familiales en état déficient : un retard de développement, une laxité des genoux, une otorrhée. 
   À dix-huit mois, en août, on le parachute dans un placement nourricier. Le gamin ne marche pas, pèse à peine dix kilos. C'est là que la liste des maux s'allonge, noire comme une nuit sans lune : 
    • Symptômes somatiques : Éczéma, impétigo, otites à répétition, diarrhées chroniques, énurésie et encoprésie. 
    • Retards flagrants : Il ne marche guère avant deux ans, ne parle qu'après trois ans. 
    • Troubles du comportement : Une « avidité alimentaire » frôlant la boulimie et un comportement qualifié de « sauvageon » et craintif, agressif envers les étrangers qu’il cherche à mordre. 


   Au début, la gardienne – une femme divorcée avec deux ados à charge – joue les saintes. Elle se montre patiente, chaleureuse en apparence. Vers quatre ans, Gilles s'assagit un peu, s'épanouit, commence l'école. Mais le vernis n'allait pas tarder à craquer.

   Lors de mes différentes enquêtes auprès de l’entourage, la réalité devenait encore plus sordide. Tous les soirs, la gardienne le langeait sur la table de la cuisine. Et pendant qu'elle le nettoyait, elle lui distillait son venin, en tête-à-tête : 
    • « Ton père est un lâche et un ivrogne qui vous a abandonné. »
    • « Ta mère est une femme frivole qui couche avec n'importe qui. »
    • « Tu es là, toi et ton frère, pour l'argent ; je voulais garder une fille... mais la D.A.S.S. ne voulait pas vous séparer. »
    • « Tu n’es qu’un déchet vivant ; personne ne peut t’aimer et personne ne t’aimera.
»


   À sept ans, Gilles a explosé. Opposition violente, refus de se nourrir, crises de nerf, crises d’angoisse et de larmes, refus de se langer lui-même. Il s'est mis à chercher le danger, à flirter avec le camion de trop : traverser la nationale en courant sans regarder, s'isoler sur la digue du port au risque de tomber à l'eau.

 

(A suivre...)

 

6

 

                                                             Image générée par Gemini.

 

 Les larmes du ciel
Crépitent sur la surface
Frisson maritime.

 

samedi 27 juin 2026

La fureur

Image générée par Gemini.


 
 
Main gauche sur la saya,
Main droite sur la tsuka,
Je suis prêt

Qu'importe si j'échoue,
Si je tombe dans la boue
Ensanglanté

L'énergie coule dans mes veines,
La fureur se défait de ses chaînes,
Mâchoire serrée

Le moindre mouvement déclenchera
L'éclair qui, tout et tous, tranchera
Sans regret

La rage est un marais fou
Où toutes les formes sont floues,
Folie effrénée

La raison est désormais vaine,
La compassion s’est transformée en haine,
Seule finalité

Main gauche sur la saya,
Main droite sur la tsuka,
Je suis prêt.


mercredi 24 juin 2026

Incident sans incidence

    Il y avait ce vent, imprévisible, incontrôlable, capable de douceurs ou de folies, qui me guettait, prêt à me faire basculer à la moindre hésitation. Il y avait le ciel nimbant mon regard de lumières, parfois de ténèbres, selon son humeur. Il y avait cette étendue d'eau salée, parfumant ma peau et mes lèvres, attendant l'occasion de m'entraîner dans les limbes et m'offrant une palette de couleurs, du vert émeraude au bleu marine. Il y avait enfin le voilier, fier destrier ardent, ruant et se cabrant à chaque vague comme pour se débarrasser de son cavalier ; les voiles claquant d'impatience à la brise, les cordages mordillant ma peau en une brûlante étreinte passionnée, la coque frémissant sous l'onde marine... J'étais là, et quelque part au-delà, m'abreuvant de la vitesse, des couleurs et des vibrations du vivant. Ma partenaire de navigation était à l'avant, tout aussi absorbée par l'instant, criant parfois de joie sur une vague.

 
   Kaléidoscope de sensations, je me souviens. 
   Je me souviens de cette chute dans l'eau glacée un après-midi d'hiver, éjecté de l'esquif, impuissant, par la rupture d'une sangle de rappel. Ce fut subit, sans signe annonciateur, sans me laisser le temps de crier un avertissement à la jeune femme au foc. Je vis le dériveur s'éloigner avec ma coéquipière qui ne se rendit compte de rien pendant quelques dizaines de secondes... Moi-même, j'admirais le parfait réglage, l'équilibre de ce coursier s'enfuyant. Parfait tableau se jouant d'un augure en suspens.

 
   Je me souviens de ce sentiment de solitude dans la furie des éléments, du froid envahissant mon corps et mon âme, me plongeant dans une lente léthargie, promesse d'un cauchemar tourmenté... Mon corps engourdi glissait lentement et irrémédiablement dans l'abysse de l'hypothermie... Chaque onde alourdissait mes membres, noyant mes attentes, tandis que le vent se jouait de mon espoir. Je voyais passer le voilier à distance, ma partenaire à la barre me lançant un regard effrayé, essayant d'atteindre la plage et les secours si éloignés.

   Ce gilet de sauvetage fatigué s'imbiba d'eau petit à petit, me condamnant à m'enfoncer dans l'onde glaciale. Je me fis la réflexion qu'un pull, même épais, n'était d'aucune utilité une fois jeté à l'eau. Le temps semblait se figer, me faisant perdre toute notion d'écoulement, me faisant toucher du doigt l'éternité de l'instant…

   J'essayais de me réchauffer malgré ma torpeur, adoptant la position du fœtus, regroupant mes membres autour de mon corps... Je revins mentalement à cette couleur d'eau si différente, d'un gris presque opaque, ces vagues déferlantes veinées de sombres lignes peu ragoûtantes... Puis le néant... l'éternité. Ces couleurs s'unissaient dans l'intensité de l'instant... Ce froid raidissait mon corps et mes pensées... Ce regret de finir bêtement là, impuissant.

   Au bout d'un certain temps, un mouvement survint : une rumeur mécanique au loin, celle d'un moteur hors-bord. Je ne voyais rien, incapable de me mouvoir, figé dans un carcan de froid. Une voix venant de derrière moi déchira la torpeur de mon esprit et le silence de mon âme ; des bras m'emprisonnèrent et me hissèrent hors de l'eau, faisant fi de mon corps inerte... Je revis ce regard inquiet scrutant mon visage blafard, et ressentis l'angoisse du sauveteur à l'idée que je puisse rester allongé définitivement au fond du bateau de sécurité.

   Aujourd'hui, je sais qu'il y a eu d'autres chutes, d'autres balades à la frontière de la vie et de la mort…
Il viendra le moment où il me faudra franchir cette frontière... Mais pour l’instant je veux me souvenir encore.


Image générée par Gemini.


lundi 22 juin 2026

Debout ou assis ?

    Il y a quelques jours, sur France Info, l’on recommandait aux hommes voulant exclusivement lancequiner de s’asseoir sur les toilettes, et non rester debout ; pour au moins deux raisons pratiques : la première est que les projections d’urine sont importantes et que l’on asperge un peu partout, que ce soit le pantalon, la lunette ou le sol.
   La seconde raison est que dans un état normal, on lancequine en décontraction et non pas dans l’effort. La position assise se prêterait donc mieux au relâchement que la position debout, qui génère de la tension ; spécialement pour ceux qui ont des soucis de prostate…
   Dans la news, il était dit que seulement 30 % des hommes prenaient la posture du « Penseur de Rodin », là où les autres adoptaient la posture du « Vainqueur sur le podium ».

   Moi, je voudrais ajouter une théorie un peu plus cocasse, sous la forme d’un problème mathématique et balistique : quelles sont les chances, pour un homme debout normalement constitué, d’uriner à 35 cm au-dessus d’un ovale faisant 40 centimètres de long sur 35 centimètres de large, l’ensemble tournant à 1.100 kilomètres / heure ?


   Alors quand les hommes assurent à leur compagne que tout est sous contrôle lorsqu’ils lancequinent debout : soit ils sont mauvais en balistique et mathématique, soit ce sont de fieffés prétentieux. Pourquoi s’étonner alors quand la « Miction Apollo » appelle « Mme Houston » : « Allo Houston, on a un problème... », et que cette dernière répond : « Démerdez-vous ; prenez une serpillière ! » ?

   J’avoue m’asseoir sur la lunette depuis quelques années ; depuis que je suis devenu un homme craquant (des articulations). 

   Jeune, j’étais assez souple pour stabiliser la vitesse de rotation de la planète et ma visée était claire… 

   Désormais je reste debout seulement quand il n’y a pas à viser une « fenêtre de projection » pour réussir le lancement de mon urine dans les couches basses de l’atmosphère ; par exemple en nature, où je peux prétendre arroser le monde aride volontairement...


 
Création d'image par Gemini.
 
 

dimanche 21 juin 2026

Un compte à rêgler

 

   Louis. René. Je vous écris aujourd'hui parce que c'est la Fête des pères. Cette journée où l'on célèbre les hommes qui ont su protéger, aimer, guider. Autant dire : une journée qui ne vous concerne pas. Mais justement "c'est pour ça" que je vous écris.

   Parce que si cette fête existe, c'est aussi pour rappeler ce que vous n'avez jamais été.

   René, je commence par toi. Tu es mon géniteur — rien de plus, rien de moins. Tu te glissais chez Georgette, quand Louis n'était pas là, comme un voleur qui croit qu'on ne le voit pas. Pendant que tu la prenais lubriquement, tu lui susurrais des promesses vides, juste pour la dominer un instant. Tu passais d'un lit à l'autre, de Georgette à Christine, comme si la fidélité était une maladie et que tu avais peur de l'attraper. Tu as mis des enfants au monde comme on laisse tomber des objets d'un sac trop plein. Et tu les as abandonnés avec la même légèreté.

   Tu n'as jamais eu le courage de rester. Tu n'as jamais eu la décence de regarder ce que tu avais créé ; et pourtant tu savais où l'on était. Tu as fui, encore et encore, croyant que changer de femme effacerait les enfants laissés derrière toi. Tu n'as été qu'un passage, une ombre, un courant d'air tiède. Un lâche imbibé de vinasse.

   Et toi, Louis. Le mari officiel. Le père de papier. Le cocu professionnel — mais un cocu sélectif, un cocu stratégique, un cocu qui choisissait ses indignations selon son humeur et selon le montant des allocations ; à se demander si tu ne monnayais pas « les passes » chez toi...

   Tu savais. Bien sûr que tu savais. Tout le village savait que René et les autres, passaient chez toi comme on passe au café du coin. Mais tu encaissais. Tu encaissais parce que chaque enfant reconnu était une ligne de crédit. Tu encaissais parce que ta virilité, tu la noyais dans le vin rouge, pas dans la vérité. Tu encaissais parce que c'était plus simple de fermer les yeux que d'ouvrir le cœur.

   Tu n'étais pas un père. Tu étais un tampon administratif. Un nom sur un acte de naissance. Un homme qui choisissait ses enfants comme on choisit des outils : selon leur utilité. Tu n'avais cure de ces enfants ressemblant à des fantômes errants ; ce bébé qui puait la merde dans le berceau et que Georgette ne voyait pas. Tu laissais faire Jean-Michel, ce gosse de six ans lui donner de l'eau, parce que de toute façon, s'il venait à mourir, il y en aurait d'autres. Il y en avait eu tant avant lui...

   Vous deux, ensemble, vous avez formé un duo parfait. L'un pour engendrer et fuir. L'autre pour reconnaître et exploiter. L'un pour séduire en douce. L'autre pour encaisser en silence. L'un pour disparaître. L'autre pour s'effondrer.

   Et au milieu, il y avait nous. Les enfants. Les témoins involontaires. Les survivants silencieux. Nous avons grandi dans vos ombres, dans vos mensonges, dans vos absences. Nous avons appris trop tôt que les adultes ne protègent pas ; qu'ils trahissent, qu'ils fuient, qu'ils calculent, qu'ils mentent.

   Alors, en cette Fête des pères, je vous écris ceci :

   Vous n'avez jamais été des pères. Vous avez été des ombres, des trous, des manques. Vous avez été des hommes seulement par accident, jamais par choix. Vous avez laissé derrière vous des vies brisées. Mais vous n'avez pas réussi à nous détruire entièrement.

   Je suis encore là. Je porte vos cicatrices, mais pas vos chaînes. Je porte votre histoire, mais pas votre honte. Je porte votre sang, mais pas votre destin.

   Et cette lettre, c'est la seule chose que vous m'aurez inspirée pour la Fête des pères : un adieu lucide, sans regret, sans retour.

 

vendredi 19 juin 2026

Un médecin légiste revient sur la mort de Robin Williams" par Chronik Fiction

 


   Ce que l'acteur a dit :   « Je pense que les personnes les plus tristes sont celles qui essaient le plus de rendre les autres heureux. »

 

jeudi 18 juin 2026

5

 


 

L’arbre de Saki
Tord le monde de ses branches
Juste un point de vue.

 

lundi 15 juin 2026

Aux enfants dont on se fout ! (partie 1)

   Je ne sais jamais quel souvenir va remonter en premier. Celui-ci est revenu aujourd’hui. Les autres suivront, dans le désordre qui est le leur. 


   Depuis ma tendre enfance j’ai subis sans comprendre.

   Je voyais des ombres passer sur le seuil de la porte de ma chambre lors des siestes imposées, de forme humaines absolument noires. J’hurlais de terreur et Odette venait précipitamment les premiers temps voir ce qu’il se passait ; puis finissait par grommeler quelque chose de colérique et ne revenait plus…
Je sentais des présences dans cette maison, surtout le soir dans la chambre. Mon nounours avait les yeux qui s’allumaient dans l’obscurité, me suivaient du regard, il semblait appeler quelque chose. Cette chose sous le lit rampait à la recherche d’une ouverture de mon lit, ne serait-ce qu’un drap détendu béant, pour se glisser  et me rejoindre…

   Les toilettes dans le garage étaient tout aussi éprouvantes, parce qu’une fois assis sur la lunette, même si le rideau qui faisait office de porte restait ouvert pour que je surveille le garage, quelque chose éteignait la lumière presque à chaque fois ! La terreur me faisait me ruer sur l’interrupteur, et je sentais quelque chose de glacial me suivre de près. La lumière rétablit je sentais la chose tapis dans un recoin, dans l’attente.

   Quant au grenier… la porte du grenier. Il y avait une targette pour fermer la porte de l’extérieur. Quand je me réfugiais sur la marche la plus haute de l’escalier, je vérifiais que la targette empêche n’importe quoi d’ouvrir la porte pendant que j’y étais adossé. Même ainsi, je sentais des mouvements de l’autre côté, des déplacements légers, comme un courant d’air qui venait se coller à la porte pour essayer de l’ouvrir.
   Personne ne m’a jamais consolé, jamais rassuré. Odette n’avait pas le temps, elle répétait sans cesse : « mon travail est d’assurer que tu manges et que tu portes des vêtements, débrouille-toi ! »

   Cette oppression constante, ce chagrin violent qui me chavirait ; les « choses » froides et malveillantes étaient dans l’attente… mais de quoi ?
Était-ce le passé, serait-ce le futur qui me chahutaient ? Je n’en savais rien. Il n’y avait personne pour demander, personne pour répondre. Quand les larmes inondaient mon visage et que ma gorge se serrait, que mes sanglots devenaient tempête, Odette venait m’ausculter, me secouait en hurlant d’arrêter, parfois me giflait avant de repartir à ses tâches.
   J’avais quelque chose comme six ans, sept ans… J’étais incapable de comprendre. Odette disait que j’étais un attardé, que ça ne valait pas la peine d’expliquer, que j’étais incapable de comprendre. Pour elle j’étais comme un lépreux, toujours malade, toujours à hurler ou pleurer sans raison. Elle me donnait parfois une explication le soir, quand j’étais allongé sur la table de la cuisine et qu’elle me mettais des couches : j’étais juste un déchet issue d’une catin et d’un ivrogne.

   Je ne comprenais rien à ces mots là, mais je sentais le dégoût, la colère à mon encontre. C’était donc cela : mon nounours qui me dévisageait jusque dans mon sommeil, les ombres froides me pourchassant dans la maison, les larmes brouillant mes yeux et ma gorge serrée parce que j’étais un … « déchet » ?

 

dimanche 14 juin 2026

Le savoir est-il pédanterie ou humilité ?


   Au‑delà de la simple crédulité - ou du placebo que certains prennent pour une révélation - je reste stupéfait de voir à quel point certains sont prêts à tout pour paraître, manipuler, ou carrément arnaquer leurs semblables.

   Il suffit de les écouter se hisser eux‑mêmes au rang d’« élus », de « détenteurs du savoir », d’êtres « empathiques » venus vous sauver… alors qu’ils ne cherchent qu’à vous vendre leurs produits, leurs méthodes, leurs croyances, et à vous enchaîner à leur autorité.

   Mais attention : leur bienveillance affichée a un prix. Vous devez obéir, ne jamais contester, ne jamais remettre en cause la moindre parcelle de leurs « vérités ». Leurs égos ne supportent pas la moindre contradiction. Au lieu de débattre comme le ferait un esprit honnête, ces pseudo‑élus préfèrent persifler, humilier, exclure.

   Un vieux proverbe chinois me revient : « Celui qui sait qu’il ne sait pas, éduque‑le. Celui qui sait qu’il sait, écoute‑le. Celui qui ne sait pas qu’il sait, éveille‑le. Celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas… fuis‑le. »

 

vendredi 12 juin 2026

L'armure et le "biwa"

 

Image générée par Gemini.

 

 

Le plectre hésitant frôle la sonore biwa.

Elle a vu son vainqueur fouler le sable, là-bas.

Au travers du rideau de bambous en fines lames

Elle reconnaît aisément son pas jusque dans son âme.


Sabres au flanc et l'éventail haut, il va.

Son blason à l'effigie des Takeda ;

Le liseré rouge-sang et la fierté qui éclate

Transcendent la sombre armure de laque.


Ce guerrier vêtu de plaques et de lames mortelles

Semble être un crustacé géant, noir, éternel,

Sorti tout droit des gigantesques vagues,

Marchant d'un pas alerte, prêt à l'attaque.


Il la devine, sourit sans retenue sous le masque

Les antennes de feu vibrent à son casque

Son pas s'allonge sous le soleil

Sa silhouette prend un éclat rouge-vermeil.


Il a bravé les flots de guerriers rugissants

Brisé les armures et occis dans le sang ;

Mais pour lui, nul guerrier ne saurait être aussi redoutable

Que cette amante au sourire condamnable.


Il pense à sa peau douce et chatoyante ;

A ses lèvres parfumées, ses kimonos rougeoyants

Et le désir ardent embrase le guerrier dans l'armure

Une fougue animale le faisant charger dans l'écume.


Il la prendra ce soir dans une terrible clameur

Perdant tout sens de la proie et du chasseur.

Ils se fondront l'un dans l'autre en une pulsion

Mélangeant ensemble vie et mort avec confusion.


Cet amour sauvage, effréné est comme les vagues

Qui vont et viennent en ressac sur ses sandales

Et cette douce musique,sans jamais quitter le rivage,

Les berce déjà dans une volupté inavouable.

 

jeudi 11 juin 2026

Un pas en avant, un pas en arrière


   Dans les années 1990, le réseau téléphonique appartenait à trois compagnies qui imposaient leurs tarifs sans laisser au consommateur le moindre vrai choix, ni dans la qualité, ni dans le service. On apprit bien plus tard que ces trois compères s’étaient entendus pour ne pas se marcher sur les pieds, menant les clients comme on mène des moutons à la bergerie. Un monopole bien malhonnête, au détriment du consommateur, et sans même garantir une qualité décente.

   Une décennie plus tard, une quatrième compagnie fit irruption dans le domaine de la téléphonie et de l’internet. Aussitôt, une levée de boucliers s’abattit sur elle.

   Avant cette arrivée, je me désolais de voir ce pays, soi‑disant république-démocratique, fonctionner comme une économie communiste ; où des monopoles, publics ou privés, tiennent les secteurs d’une main de fer et pressent la manne nationale comme on presse un citron.

   Ayant voyagé dans d’autres pays européens et hors d’Europe, j’étais convaincu que la concurrence — la vraie — ne commence qu’à partir de quatre prétendants dans un secteur donné. À partir de quatre, le monopole vole en éclats et le consommateur peut enfin choisir l’opérateur offrant le meilleur rapport qualité‑prix.

   Toujours selon moi, une compagnie incompétente est vouée à disparaître dans les oubliettes. Je ne m’étonnais donc pas que la France se batte bec et ongles pour ne pas privatiser les secteurs qu’elle malmène par son incompétence, allant jusqu’à effrayer le consommateur en lui jurant qu’il n’aurait plus son "petit sachet de poudre" si son fournisseur disparaissait.

   Le nouveau venu, lui, a fait voler en éclats le monopole, comme il se doit. Malgré les huées de la plèbe, les offres se sont soudain dévaluées, le portefeuille du consommateur a cessé de se vider, et chacun a enfin pu décider par lui‑même ce qui lui convenait. Il aurait fallu encore d’autres compétiteurs, mais ce pays a bien trop peur d’être discrédité sur la qualité de son service.

   Aujourd’hui, les quatre rois, qui tremblaient à l’idée qu’un autre monarque surgisse et les détrône, enterrent l’un d’eux.

   Ainsi, après avoir avancé d’un pas vers la liberté de choisir et de dépenser, nous reculons désormais vers l’autoritarisme, où le client perd ses droits, ses choix, et retrouve le mors auquel on l’avait conditionné.


mardi 9 juin 2026

L’héritage silencieux de la violence faite aux enfants

   Ce texte évoque des violences graves subies durant l’enfance. Certaines lignes peuvent être difficiles à lire. Avance avec prudence si tu es sensible à ces sujets.

Que seriez vous dans ce monde si :

- aucun bras paternel ne vous ai porté sur les épaules ?

- aucune histoire ne fut racontée le soir au moment de s’endormir ?

- aucune lèvres ne se soient posées sur votre front pour apaiser vos terreurs ?

- l’on vous donnait des cadeaux sans aucune affection derrière ?

- si l’on vous disait régulièrement que vos parents étaient des déchets de l’humanité ?

- si l’on vous désignait d’office quand un larcin est commis ?

- si l’on venait se coucher sur vous au cœur de la nuit pour abuser de votre corps frêle ?

- si le monde autour de vous vous considérait comme un lépreux ?

-si on vous sommait de finir votre assiette avant de vous donner un coup de point sur la tête quelques minutes après ?

- si vous essayiez de fuir, de vous dissimuler ; et qu’on vous traque pour vous ramener à l’endroit où l’on vous tourmente ?

- si personne ne vous interroge, s’inquiète de vous, ne vous écoute ?

- si l’on vous abandonne comme un déchet, un objet encombrant ?

- si l’on vous maintient derrière de hauts murs grillagés, ou des barreaux aux fenêtres ?

- si l’on vous privait de manger parce que vous ne vous comportez pas comme on l’exige ?

- si on vous giflait parce que vous vous rebellez quand on inspecte votre corps nu ?

- si on vous comptait comme du bétail jusque dans votre sommeil ?

- si on vous faisait jurer de prendre soin de votre tortionnaire lorsqu’il sera vieux ?

- si on vous séparait régulièrement de votre fratrie parce que vous ne convenez pas ?

- si on vous rabâchait que vous n’êtes toléré que parce que vous rapportez de l’argent ?

- si on vous disait pendant des années que personne ne peut vous aimer ?

 

Je vais vous dire ce que je suis devenu :

- un homme qui mime une attitude sociale, pour ne plus être montré du doigt.

- un homme qui dissimule la moindre de ses pensées profondes.

- un homme morcelé entre un état adulte et un état enfantin.

- un homme aux aguets du moindre comportement hostile.

- un homme qui ne croit en rien

- un homme qui n’attend rien en retour de ses gestes vers l’extérieur.

- un homme qui se retient de fuir au moindre compliment.

- un homme qui ne se sent pas humain, mais comme un animal sauvage.

- un homme incapable de trouver la paix de l’âme.

- un homme qui doute de tout, surtout de lui-même.

- un homme rongé entre la tendresse et l’agression.

- un homme qui se refuse tout relâchement physique ou émotionnel.

- un homme qui ne prétend rien, qui ne se projette pas.

- un homme qui n’envie ni ne jalouse personne.

- un homme qui n’existe pas en tant que tel.

- un homme qui accepte de se soumettre seulement dans un contexte sécurisant.

- un homme qui ne manipule personne, et qui ne supporte pas d’être manipulé.

 

   Je n’écris pas ceci pour accuser, ni pour pardonner. J’écris pour nommer ce qui a été, et pour comprendre ce que je suis devenu. Le reste, je le laisse à ceux qui liront.

 

lundi 8 juin 2026

Le duel

Image générée par Copilot.



   Il était déjà là, dans le pré à l'attendre, conforme à sa tactique de survie : prendre l’initiative, étudier le terrain, se mouvoir ou s’immobiliser comme un roc, et utiliser la vision périphérique pour observer l’adversaire, anticiper ses mouvements et déclencher l’action opportune. Debout, ancré. Le sabre encore dans son saya, mais l’esprit aiguisé comme une lame nue. Le matin pointait à l'horizon, plongeant le pré dans une brume presque irréelle.

   Il l’avait perçue avant même qu’elle n’émerge du bois. Son hakama clair flottait dans la brume, comme si elle avançait, spectre enveloppé d’une lumière qui n’existait pas encore. Elle croyait incarner la prêtresse de l’aube.

   Elle se trompait.

   À quelques pas de lui, elle salua profondément. Lui, se contenta d’incliner brièvement la tête, sans la quitter des yeux. Elle dégaina et frappa aussitôt, cherchant à imposer sa suprématie. Un kesa-giri descendant, ample, parfait… trop parfait. Un coup qui prétendait l’englober dans sa vision du monde.

   Il ne dégaina pas. Il para avec son saya : le fourreau frappa la lame dans un choc sec, comme pour lui rappeler la réalité. Un blocage martial, brutal, sans élégance.

   Elle enchaîna par un yokogiri horizontal, qu’il intercepta encore, le saya claquant contre le sabre comme une vérité qui refuse d’être tranchée.

   Elle recula d’un pas, les sourcils froncés. Jamais elle n’avait affronté quelqu’un qui refusait d’entrer dans sa danse.

   Fière et sûre d’elle, elle revint à la charge, plus rapide, plus nerveuse. Son sabre vibrait dans l’air, comme si elle voulait forcer son antagoniste à reconnaître ses « énergies ». Finalement, il dégaina d’un nukitsuke sec, tranchant, sans fioriture. Sa lame s’arrêta à un souffle de sa joue. Elle sentit le froid du métal.

   Son regard vacilla. Elle venait de comprendre que son style n’était pas une chorégraphie avec l’univers, son univers. C’était une sentence.

   Obstinée, aveuglée, elle attaqua encore. Ses coups étaient rapides, précis, mais chargés d’une tension qu’elle ne maîtrisait plus. Chaque frappe était une affirmation désespérée :
Le monde est juste.
Le karma répond.
La vibration protège.
La lumière guérit.

   Mais chacun de ses assauts était irrémédiablement dévié. Sans émotion. Sans haine. Sans peur.

   Les gestes de l’homme étaient courts, brutaux, efficaces. Ceux de ceux qui ont appris à survivre, pas à croire. Des mouvements directs, économes, sans artifice.

   Elle frappait avec sa croyance, sans renoncer à le faire céder à sa vérité. Il répliquait avec son vécu. Et le vécu l’emportait.

   Elle recula une nouvelle fois pour se ménager un instant. Son souffle était court. Son sabre tremblait légèrement dans sa main. Puis elle fit ce que font ceux dont le monde s’effondre : elle tenta un dernier assaut désespéré.

   Un tsuki droit au cœur, un coup d’estoc destiné à le transpercer — ou à transpercer son refus d’entrer dans son univers. Ce n’était plus du kendo. Ce n’était plus de l’iaido. C’était un acte de survie psychique.

   Il bougea. Un pas de côté. Simple. Évident. Inévitable. Le sabre de la prêtresse transperça la brume et rien d’autre, avant qu’elle ne perde l’équilibre. Son genou heurta la terre. Elle resta là, haletante, son sabre encore en main, la pointe plantée dans le sol pour ne pas s’effondrer.

   Il posa la pointe de son sabre contre son épaule, juste assez pour qu’elle sente le froid du métal. Elle leva les yeux. Son regard n’était plus lumineux. Il était humain. Trop humain.

   Elle murmura, la voix brisée :
— Pourquoi ne cherches-tu pas à me détruire ?

   Il répondit, sombre, comme une lame qui glisse dans son fourreau :
— Parce que je ne combats pas les illusions. Je les laisse tomber d’elles-mêmes.

   Elle baissa les yeux. Ses doigts se crispèrent sur la tsuka. Son sabre vibrait faiblement, non pas de force, mais de doute. Il ajouta :
— Je ne suis pas ton adversaire. Je suis ce que ton monde ne peut pas absorber.

   Elle ferma les yeux. Une larme — unique, silencieuse — tomba sur la terre meuble.

   L’homme rengaina. Le claquement entre la tsuka et le koiguchi résonna comme un verdict. Le soleil se leva enfin, rouge et lourd, comme un œil qui juge.

   Elle resta à genoux, son sabre planté dans la terre, incapable de se relever.

   Lui, il tourna le dos. Non par mépris. Par nécessité. Il s’éloigna vers l’horizon, sans lumière, sans ombre, sans illusion.

 

dimanche 7 juin 2026

samedi 6 juin 2026

Offrande au silence

 

Du bout de mes doigts

Je suis tes courbes et tes lignes

J'adore quand tu es toi.


Au travers du tissu, je te devine,

Mes lèvres posées sur toi

Et tu trembles d'excitation, fragile.


Ma bouche frôle tes seins en émoi

Survolant les pointes comme une brise

Descendant beaucoup plus bas.


Corps contre corps se dessine une idylle

Un abandon au fond de soi.

Sentir la chaleur de ta peau m’enivre.


Mes lèvres suivent de près mes doigts

Les vêtements, sur ta peau, glissent

Ici s'arrête les raisons et les lois.


Tu gémis et ouvres amplement tes cuisses

De ton intimité je me rassasie, je bois ;

Mes doigts parcourant le velours de ta peau lisse.


Il n'y a plus que toi et moi...

 

vendredi 5 juin 2026

jeudi 4 juin 2026

L'intelligence superficielle

    Je suis du XXe siècle, et notre nouveau siècle nous impose l'Intelligence Artificielle... Avec mes petits moyens intellectuels, j'ai voulu essayer, tester, ce "miracle technologique" selon certains...

   Bien sûr, il y a eu des flops à son apparition il y a un peu plus d'un an, du genre risible qui ont fait le tour des médias. Mais maintenant on nous vend un produit efficace et "bluffant"...

   "Bluffant" comme dans une partie de poker ? Sérieux ? Depuis quand le bluff est une valeur sûre ? J'ai dû louper le "journal officiel" qui introduit le bluff comme une denrée sur laquelle on peut compter...

    J'ai donc pratiqué l'I.A. avec mes capacités. J'ai ressenti que quelque chose clochait, sans pouvoir mettre le doigt dessus. Au fil de mes essais j'ai réalisé la médiocrité des résultats apparemment "bluffant". Au niveau image par exemple, l'I.A. prend des initiatives qu'on n'a pas sollicité et qui "massacre" la requête. Mieux, l'I.A. décline sa responsabilité ! (A mourir de rire.)

   Ne parlons pas d'établir un texte un peu long. J'ai donné à corriger quelques textes que j'ai écrit "à main levée"... Je ne suis pas fortiche en grammaire ni en orthographe (j'étais souvent au fond de la classe à l'école), mais là... L'I.A. dénature le fond de mes écrits sans vergogne...

   Bref, ce genre d'intelligence ne m'intéresse pas, ne me convient pas. D'artificiel, ce produit qui "coûte un bras" est devenu superficiel.

 


 

mardi 2 juin 2026

Le restaurant du "Roux Sot"

     Pfiou ! Je rentre d'une journée surprenante. J'ai passé mon lundi dans un restaurant tenu par un collègue. Il faut que je vous présente les deux car ils sont inséparables. 

   Il y a "Fab" surnommé "La fable". Le type est un vrai commerçant capable de vendre une glace à un esquimau. Un bon manager, un bon père de famille et un écologiste accompli... Le type tout propre sur lui, pratiquant qui ne manque jamais une messe à l'église de son quartier...

   Il y a environ une semaine il a remanié sa carte de menus, et aujourd'hui il a voulu que je sois son goûteur. N'étant d'aucun bord ni d'aucune confession, il a pensé que je serai le parfait critique, impartial.

   J'affiche donc son menu, après avoir testé ces menus... Mon bilan est le même que celui d'avant le remaniement de sa carte : très correct, un bon rapport qualité-prix ; excepté l'absurdité de sa nouvelle carte... Faut dire que j'ai jamais validé les tournures gastronomique qui n'appellent jamais un chat : un chat !

   ;-)




 

Quel est le but ?

   Quel est le sens à tout cela, quel est ce sentier qu'on nous pousse à prendre ?      Dès le départ, on nous a gavé d'histoires qu...