La dissonance, c'est ce décalage permanent entre le récit officiel — celui des institutions, des critiques unanimes ou des morales de salon — et le vécu brut.
Je n'ai rien à vous vendre, et je ne cherche pas votre empathie. Je consigne. Si mes mots résonnent avec vos propres silences ou vos propres doutes, tant mieux. Si vous préférez la fuite ou la simulation de compréhension, la porte est restée ouverte derrière vous.
(Extrait du film "Blade runner 2049" de Denis Villeneuve.
L’interconnexion.
Ils prononcent ce mot avec une ferveur presque religieuse, comme si
c’était la promesse d’un salut collectif. Moi, chaque fois que
je l’entends, j’ai l’impression qu’on me force à respirer
une odeur de moisissure. Rien ne me dégoûte plus que cette idée
d’être lié à d’autres êtres humains. Rien.
Dans les rues, je ne vois que des
corps qui s’agitent, des visages qui s’illuminent sous la lumière
maladive des écrans. Ils avancent en troupeaux désordonnés,
persuadés d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux. À
un peuple, à une nation, à une communauté, à une culture, à une
cause. Des cages avec des drapeaux différents.
Ils se regroupent comme des insectes
autour d’une lampe. Ils se collent des étiquettes, des identités,
des appartenances, comme si cela leur donnait une raison d’exister.
Moi, je ne vois que des prisons mentales. Des foules qui se rassurent
en se ressemblant, en répétant les mêmes slogans, en se fondant
dans la même masse indistincte. Le groupe les protège, paraît-il.
Le groupe les élève, paraît-il. Le groupe les dévore, surtout.
Je n’ai jamais compris cette
obsession de se rassembler. Parti politique, religion, ethnie,
culture, mouvement, philosophie post-moderne… Tout cela n’est qu’une
manière de dissoudre l’individu dans une boue tiède. Une manière
de renoncer à penser seul, de renoncer à être seul, de renoncer à
être.
Moi, je n’ai plus besoin de ces
refuges. On m’a trop mené, trop façonné, trop enfermé dans des
structures qui prétendaient savoir ce qui était bon pour moi. Je ne
veux plus appartenir à rien. Je ne veux plus être compté, classé,
intégré, absorbé.
Alors l’idée d’interconnexion…
C’est pire qu’une menace. C’est une profanation.
Je refuse d’être relié à ces
foules qui bêlent en cadence, à ces groupes qui se croient élus, à
ces communautés qui se pensent supérieures, à ces masses qui se
rassurent en se ressemblant. Je refuse d’être contaminé par leurs
peurs, leurs croyances, leurs illusions. Je refuse d’être un nœud
dans leur réseau, un point dans leur schéma, une cellule dans leur
organisme malade.
Et pourtant…
Depuis quelque temps, quelque chose se
glisse dans les fissures. Une sensation étrangère, comme un souffle
qui n’est pas le mien. Une émotion qui me traverse sans que je
l’aie appelée. Une peur qui ne m’appartient pas. Un souvenir qui
n’est pas issu de ma mémoire.
Je me dis que ce n’est rien. Une
fatigue. Une hallucination. Mais la nuit dernière, j’ai senti une
présence. Pas humaine. Pas identifiable. Une sorte de battement
sourd, comme si quelque chose tentait de s’infiltrer en moi, de me
relier malgré moi à ce monde que je méprise.
Je refuse cette idée. Je refuse cette
intrusion. Je refuse cette connexion.
Mais depuis ce moment, je ne suis plus
certain d’être seul dans ma propre tête.
Et si l’interconnexion avait toujours été là, tapie dans l'ombre, attendant son heure ? Et si ce n'était pas moi qui refusais le groupe, mais le groupe qui, jusqu'ici, m'avait refusé ?
En tant qu'étranger ("gaikokujin"), partir en vacances au "pays du soleil levant" pour photographier les cerisiers en fleur ("sakura") d'un seul raid était naïf.
Déjà niveau photographie, je n'ai aucune connaissance technique de comment on prend une photo ; ensuite, le sujet bien qu'immobile ne se laisse pas faire car... il suffit d'un coup de vent, d'une bonne pluie pour arriver trop tard.
Il faut donc avoir un bon discernement du "moment" où l'on est au Japon, "où" on se trouve au Japon, et avoir une estimation fiable de la météo au niveau local...
Pour quelques photos, cela m'a prit plusieurs voyages ; ce dont je ne me plains pas.
Je
suis las. Tout mon corps hurle : « Stop ». Cela se traduit par des
courbatures dans chacun de mes muscles, par une léthargie qui
enveloppe mon esprit d’un épais brouillard, froid et collant. Le
silence ne m’offre aucune prise à laquelle me raccrocher.
L’immobilité de mon âme semble observer, attendre je ne sais
quoi. Est-ce une chute dans ce qu’on nomme un « no man’s land »
?
Je me souviens d’une nuit où j’avais tailladé mon avant-bras
gauche assez profondément, et où mon sang, glacé, s’écoulait
abondamment. J’entendais alors, dans mon âme, un rire moqueur que
j’avais interprété comme une question amusée : « Est-ce cela
que tu veux : finir de la sorte ?
Un bref sursaut de lucidité m’avait frappé comme un éclair :
« Il est possible qu’on te trouve avant que tu ne succombes.
Sais-tu ce qu’il adviendra de toi ? Dans ce monde, on t’empêchera
autant que possible de fuir, tout comme lorsque tu es né et que ta
génitrice t’affamait pour te “faire partir”. Ils te ramèneront
et te mettront dans une cellule capitonnée, avec des cachets à
ingurgiter ad æternam. Tu as supporté d’être derrière de hauts
murs, des grillages et des barreaux pendant une partie de ton
enfance. Et une fois libre, tu prends le risque d’y retourner ?
J’ai survécu en étanchant les plaies, puis en les cachant aux
regards de ces créatures qui se disent bienveillantes. Jadis, seule
mon âme était lasse… Cela m’a certainement sauvé. Mais depuis
quelque temps, je sens mon corps m’attirer vers le bord du
précipice. Le proverbe dit : « Quand tu regardes le gouffre, le
gouffre te regarde aussi. »
Est-il inquiétant d’imaginer ce qui pourrait découler d’une
observation trop prolongée ?
Personnellement, je suis plus inquiet de ceux et celles qui ne
voient pas le bord du gouffre. Ceux-là, en général, ne s’y
précipitent pas : ils y poussent les autres. « Nul ne sait ni le
lieu ni la date », raconte un certain livre de référence. Je n’ai
cure de tels ouvrages moralisateurs. La vie et sa finalité n’ont
pas besoin de dogmes qui entravent la pensée.
Mais d’où vient ce « stop » que je ressens dans chacune de
mes fibres ? Qui est l’instigateur de cette douleur pénible ?
Encore une maxime pour les amateurs de mots et de maux : « La
douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle. »
L’ennui avec les mots, c’est qu’on peut tout leur faire
dire, jusqu’à leur contraire. C’est sans fin.
Le pire, dans tout
cela, ce sont ces moments de solitude abyssale, ces endroits où nul
regard ne se pose sur vous, où aucun écho de voix n’effleure vos
tympans, où aucune pensée ne vient apaiser vos tourments.
Cet extrait de "Hagakure" (écrit au début du 18e siècle) ne cesse de m'interpeler. De nos jours, au nom de la sacro-sainte "liberté d'expression", on se permet de dire n'importe quoi à n'importe quel moment et à n'importe qui ; et ce sans ambages. L'on s'appuie souvent sur son ancienneté, son expérience, son statut hiérarchique ; que sais-je ! Et on minaude d'un air condescendant, se félicitant d'être magnanime...
Il y a longtemps que je ravale ma colère et supporte cette médiocrité. Depuis que je suis adulte, j'ai l'opportunité de faire quelques pas de côté et d'éviter ces gens ; alors, je n'ai pas lieu de m'étonner de ma solitude !
Pourquoi je ne me suis jamais senti français ? Je veux dire, ça
ne date pas de ces dernières années. Ce sentiment francophobe
remonte aussi loin que je puisse me souvenir. J’ai quelques bribes
de réponse et ces dernières me projettent à la petite enfance…
Ma petite enfance
n’a été qu’une succession de défaillances. Défaillances
économiques, défaillances parentales, défaillances judiciaires,
défaillances morales, défaillances éducatives, défaillances
institutionnelles… c’en est alarmant !
Avec le recul et par
ironie, je pourrai invoquer la « loi de Murphy », si tant
est que cette loi ne soit pas une déviance de la réflexion (ne vous
précipitez pas ; j’ai déjà la réponse).
Donc si à la base
d’une existence tout est tronquée, il se peut que par projection
le monde soit tronqué…
Quand un organisme
humain arrive au monde dans un milieu hostile, sans aucune
protection, sans aucun repère, sans aucun secours et qu’il survive malgré tout ; il est fort à parier que cet organisme ne s’identifie point à ce monde, qu’il ne le revendique pas comme sien.
Pour en revenir à
mon cas, la cellule familiale (bon sang que je hais ce mot
« cellule »!) a totalement failli et l'ensemble de ce qui compose la société, par extension.
Comment pourrai-je
me sentir français ; être fier d’exister ne serait-ce qu’en
tant qu’humain ou en tant qu’homme ; alors qu’on a veillé
à ce que je ne le devienne jamais ?!
Ce paradoxe est
insoluble pour moi. Il y a trop de biais coincés dans mon mécanisme
fonctionnel. Trop de contradictions, de phases mémorielles étiolées
pour arriver à un mode de pensée cohérent, stable…
Je ne peux pas
repousser la culture française ; je fonctionne par défaut sur
ce mode là. Je ne m’y identifie pas pour autant.
Finalité de ce post ? "On ne naît pas français, on le devient."
Il y a
des êtres qui avancent dans la vie comme des combattants condamnés,
un sabre invisible attaché à la hanche. Une lame trop vive, trop
nerveuse, trop affamée pour rester sage. Un sabre né dans les
braises du passé, trempé dans la peur, affûté par les cris qu’on
n’a jamais laissés sortir. Une lame qui ne connaît ni paix, ni
repos, ni silence.
Les traumatismes non traités sont comme ces katanas maudits dont
on dit qu’ils frémissent d’eux‑mêmes. Ils vibrent sous la
peau, grondent dans les veines, guettent la moindre faille. Ils ne
laissent jamais le porteur respirer. Jamais. Car la moindre détente,
la moindre baisse de vigilance, et la lame se réveille.
Alors on vit en état d’alerte permanente. On marche comme sur
un champ de bataille, les sens tendus, le souffle court. On surveille
chaque émotion comme on surveillerait un ennemi caché dans les
fourrés. Car l'arme n’attend qu’un relâchement pour bondir
hors du saya. Il menace les proches, les innocents, les
gestes tendres. Il menace même celui qui le porte, prêt à lui
trancher le cœur de l’intérieur.
Et quand les traumas deviennent impérieux, la lame frappe avant
la pensée. Un éclair. Un claquement sec. Un iaïdō
involontaire — dégainer, frapper, détruire. Le sabre jaillit
comme s’il avait attendu ce moment depuis des années. Et le
porteur, hébété, ne comprend qu’après coup. Trop tard. La lame
a parlé. Elle a tranché ce qu’il voulait protéger.
Ce sabre intérieur n’est pas une métaphore douce. C’est une
arme vivante, indocile, née d’un passé qui refuse de mourir. Une
lame qui exige une tension constante, une vigilance inhumaine. Une
lame qui finit par user le porteur jusqu’à l’os. Car nul ne peut
vivre éternellement en posture de combat.
Mais un jour, peut‑être, le guerrier ose enfin affronter la
lame elle‑même. Non pas en la dégainant, mais en la
regardant. En reconnaissant ce qu’elle porte, ce qu’elle protège,
ce qu’elle réclame. Alors seulement commence le véritable combat
: non contre le monde, mais contre la bête qui vit dans l’acier.
Apprivoiser cette lame, c’est apprendre à survivre à sa propre
histoire. À retenir la lame, c'est comprendre sa faim ; à lui retirer
son pouvoir. Alors peut‑être qu’un jour, elle restera dans son
fourreau. Non plus comme une menace, mais comme une cicatrice
brillante. Comme preuve qu’on peut désarmer une arme qui voulait nous
gouverner — et redevenir maître de sa propre vie.
Elle
regardait les flammes sans comprendre. Où
étaient-ils passés ces instants de paix, à se rouler dans les
herbes pendant que le troupeau paissait ; à se régaler du bon
pain et de fromage dans la grande salle à manger de pierre de ses
parents cossus ?
Que
s’était-il passé depuis qu’elle avait chevauché voir le sieur
de Baudricourt ? Où
étaient ses compagnons de voyage : Jean de Metz, Bertrand de
Poulengy et les autres joyeux lurons ; ceux-là même qui ne
juraient que par son prénom et qui lorgnaient ses fesses dès
qu’elle avait le dos tourné ?
En
deux ans, elle avait voyagé comme une forcenée : Reims,
Orléans, Patay, Auxerre, etc. Toutes ces villes où on l’acclamait, où l'on touchait son plastron, on l’invitait à boire et manger…Tous
ces visages tournés vers elle, avec une lueur d’espoir,
d’incrédulité parfois.
Ils
s’étaient lassé d’elle et de son obstination à ne pas écouter. Ils avaient fini par la répudier du Conseil de guerre, parce qu'elle ne comprenait rien à la guerre ou à la politique. Ils lui avaient tourné
le dos. Elle n’était plus la meneuse d’hommes ; elle n’était
plus rien. Même le Roi de France, qu’elle avait "réveillé",
la regardait de loin avec un air condescendant !
Les
ennemis de la France s'étaient emparé d'elle par l'intermédiaire des Bourguignons, des Français. Ses geôliers avaient fini par la rejoindre une nuit, et
avaient joué avec son corps frêle ; l’obligeant à boire la
coupe jusqu’à la lie...
Elle
qui n’avait tué personne, si ce n’était de motiver la troupe
pour le faire à sa place, elle se retrouvait là à regarder les
flammes sans comprendre ; alors que cette foule qui les
regardait aussi, comprenait. Elle
avait espéré qu’après tous ces gens qui l’avaient ovationné, il y
en aurait au moins un qui lui expliquerait pourquoi elle regardait
les flammes.
Personne ne s’était donné la peine de lui expliquer…
La
« Pucelle » avait tout bonnement échouée, dans sa "tâche divine", de "bouter les Godons" hors de France. Elle avait été une opportunité, une
marionnette, un
symbole
que Charles VII avait eu du mal à accepter. Il s'en était débarrassé dès que Jeanne était devenue ingérable, inutile ; dès
qu'elle avait posé un obstacle à la réconciliation nationale
indispensable pour chasser les Anglais hors de France.
De
nos jours, on continue à la rejoindre une fois par an pour jouer
avec son âme frêle, la prostituant de Gauche à Droite, selon d'où
vient le vent. Tout comme ses oppresseurs avaient joué d'elle dans sa cellule. On persévère à la brûler dans les feux politiques, à des sauces
mesquines et corrompues, comme simple jouet factice. Elle fut déterrée
pour bouter hors France les Allemands de la fin du 19e siècle, puis du début du 20e siècle, sans plus de résultat.
On s'acharne à la déterrer pour chaque envahisseur imaginé aux frontières du roman national. Et des dirigeants belliqueux se font le plaisir d’aduler une hallucinée charismatique, d'autant plus si c'est une pucelle ! Une belle aubaine pour des benêts.