dimanche 24 mai 2026

Inspiration-expiration

Inspiration...

L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé

Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme.


Expiration...

L'enfant crie sa rage et sa tête cogne la marche d'escalier,

Et la cogne encore, et encore ; jusqu'à ce que la main le relâche.


Inspiration...

L'enfant est couché dans son lit par l'horreur tétanisé

L'obscurité éclipsant le membre fouillant ses entrailles.


Expiration...

L'enfant est à l'isolement dans une chambre, enfermé

Il a faim, mais personne ne lui apporte de victuailles.


Inspiration...

L'enfant s'est allongé au milieu du sentier

Il a roulé un lourd rocher sur son ventre.


Expiration...

L'enfant se projette violemment contre les barreaux d'acier

Pour se disloquer contre, faute de se glisser entre.


Inspiration...

L'enfant est nu, les yeux fous, avec les autres alignés

Sur son visage une marque, celle de cinq doigts rouges.


Expiration...

L'enfant cherche à rester en apnée, il lui faut patienter

Que tout cela cesse enfin, que cela cesse pour toujours.


Inspiration... Expiration.







samedi 23 mai 2026

"Interconnecté"

 

 (Extrait du film "Blade runner 2049" de Denis Villeneuve.

 

   L’interconnexion. Ils prononcent ce mot avec une ferveur presque religieuse, comme si c’était la promesse d’un salut collectif. Moi, chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression qu’on me force à respirer une odeur de moisissure. Rien ne me dégoûte plus que cette idée d’être lié à d’autres êtres humains. Rien.

   Dans les rues, je ne vois que des corps qui s’agitent, des visages qui s’illuminent sous la lumière maladive des écrans. Ils avancent en troupeaux désordonnés, persuadés d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux. À un peuple, à une nation, à une communauté, à une culture, à une cause. Des cages avec des drapeaux différents.

   Ils se regroupent comme des insectes autour d’une lampe. Ils se collent des étiquettes, des identités, des appartenances, comme si cela leur donnait une raison d’exister. Moi, je ne vois que des prisons mentales. Des foules qui se rassurent en se ressemblant, en répétant les mêmes slogans, en se fondant dans la même masse indistincte. Le groupe les protège, paraît-il. Le groupe les élève, paraît-il. Le groupe les dévore, surtout.

   Je n’ai jamais compris cette obsession de se rassembler. Parti politique, religion, ethnie, culture, mouvement, philosophie post-moderne… Tout cela n’est qu’une manière de dissoudre l’individu dans une boue tiède. Une manière de renoncer à penser seul, de renoncer à être seul, de renoncer à être.

   Moi, je n’ai plus besoin de ces refuges. On m’a trop mené, trop façonné, trop enfermé dans des structures qui prétendaient savoir ce qui était bon pour moi. Je ne veux plus appartenir à rien. Je ne veux plus être compté, classé, intégré, absorbé.

   Alors l’idée d’interconnexion… C’est pire qu’une menace. C’est une profanation.

   Je refuse d’être relié à ces foules qui bêlent en cadence, à ces groupes qui se croient élus, à ces communautés qui se pensent supérieures, à ces masses qui se rassurent en se ressemblant. Je refuse d’être contaminé par leurs peurs, leurs croyances, leurs illusions. Je refuse d’être un nœud dans leur réseau, un point dans leur schéma, une cellule dans leur organisme malade.

   Et pourtant…

   Depuis quelque temps, quelque chose se glisse dans les fissures. Une sensation étrangère, comme un souffle qui n’est pas le mien. Une émotion qui me traverse sans que je l’aie appelée. Une peur qui ne m’appartient pas. Un souvenir qui n’est pas issu de ma mémoire.

   Je me dis que ce n’est rien. Une fatigue. Une hallucination. Mais la nuit dernière, j’ai senti une présence. Pas humaine. Pas identifiable. Une sorte de battement sourd, comme si quelque chose tentait de s’infiltrer en moi, de me relier malgré moi à ce monde que je méprise.

   Je refuse cette idée. Je refuse cette intrusion. Je refuse cette connexion.

   Mais depuis ce moment, je ne suis plus certain d’être seul dans ma propre tête.

   Et si l’interconnexion avait toujours été là, tapie dans l'ombre, attendant son heure ? Et si ce n'était pas moi qui refusais le groupe, mais le groupe qui, jusqu'ici, m'avait refusé ? 

 


vendredi 22 mai 2026

Le printemps où qu'il soit


 








   En tant qu'étranger ("gaikokujin"), partir en vacances au "pays du soleil levant" pour photographier les cerisiers en fleur ("sakura") d'un seul raid était naïf.

   Déjà niveau photographie, je n'ai aucune connaissance technique de comment on prend une photo ; ensuite, le sujet bien qu'immobile ne se laisse pas faire car... il suffit d'un coup de vent, d'une bonne pluie pour arriver trop tard. 

   Il faut donc avoir un bon discernement du "moment" où l'on est au Japon, "où" on se trouve au Japon, et avoir une estimation fiable de la météo au niveau local...

   Pour quelques photos, cela m'a prit plusieurs voyages ; ce dont je ne me plains pas.

 

jeudi 21 mai 2026

mercredi 20 mai 2026

La profondeur de la solitude

   Je suis las. Tout mon corps hurle : « Stop ». Cela se traduit par des courbatures dans chacun de mes muscles, par une léthargie qui enveloppe mon esprit d’un épais brouillard, froid et collant. Le silence ne m’offre aucune prise à laquelle me raccrocher. L’immobilité de mon âme semble observer, attendre je ne sais quoi. Est-ce une chute dans ce qu’on nomme un « no man’s land » ?

   Je me souviens d’une nuit où j’avais tailladé mon avant-bras gauche assez profondément, et où mon sang, glacé, s’écoulait abondamment. J’entendais alors, dans mon âme, un rire moqueur que j’avais interprété comme une question amusée : « Est-ce cela que tu veux : finir de la sorte ? 

   Un bref sursaut de lucidité m’avait frappé comme un éclair : « Il est possible qu’on te trouve avant que tu ne succombes. Sais-tu ce qu’il adviendra de toi ? Dans ce monde, on t’empêchera autant que possible de fuir, tout comme lorsque tu es né et que ta génitrice t’affamait pour te “faire partir”. Ils te ramèneront et te mettront dans une cellule capitonnée, avec des cachets à ingurgiter ad æternam. Tu as supporté d’être derrière de hauts murs, des grillages et des barreaux pendant une partie de ton enfance. Et une fois libre, tu prends le risque d’y retourner ? 

   J’ai survécu en étanchant les plaies, puis en les cachant aux regards de ces créatures qui se disent bienveillantes. Jadis, seule mon âme était lasse… Cela m’a certainement sauvé. Mais depuis quelque temps, je sens mon corps m’attirer vers le bord du précipice. Le proverbe dit : « Quand tu regardes le gouffre, le gouffre te regarde aussi. »

   Est-il inquiétant d’imaginer ce qui pourrait découler d’une observation trop prolongée ?

   Personnellement, je suis plus inquiet de ceux et celles qui ne voient pas le bord du gouffre. Ceux-là, en général, ne s’y précipitent pas : ils y poussent les autres. « Nul ne sait ni le lieu ni la date », raconte un certain livre de référence. Je n’ai cure de tels ouvrages moralisateurs. La vie et sa finalité n’ont pas besoin de dogmes qui entravent la pensée.

   Mais d’où vient ce « stop » que je ressens dans chacune de mes fibres ? Qui est l’instigateur de cette douleur pénible ? Encore une maxime pour les amateurs de mots et de maux : « La douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle. »

   L’ennui avec les mots, c’est qu’on peut tout leur faire dire, jusqu’à leur contraire. C’est sans fin.

   Le pire, dans tout cela, ce sont ces moments de solitude abyssale, ces endroits où nul regard ne se pose sur vous, où aucun écho de voix n’effleure vos tympans, où aucune pensée ne vient apaiser vos tourments.

 
  
 
 




mardi 19 mai 2026

lundi 18 mai 2026

L'avis à donner, ou pas


    Cet extrait de "Hagakure" (écrit au début du 18e siècle) ne cesse de m'interpeler. De nos jours, au nom de la sacro-sainte "liberté d'expression", on se permet de dire n'importe quoi à n'importe quel moment et à n'importe qui ; et ce sans ambages. L'on s'appuie souvent sur son ancienneté, son expérience, son statut hiérarchique ; que sais-je ! Et on minaude d'un air condescendant, se félicitant d'être magnanime...

   Il y a longtemps que je ravale ma colère et supporte cette médiocrité. Depuis que je suis adulte, j'ai l'opportunité de faire quelques pas de côté et d'éviter ces gens ; alors, je n'ai pas lieu de m'étonner de ma solitude !

 

 

    

Inspiration-expiration

Inspiration... L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme. Expira...