samedi 23 mai 2026

"Interconnecté"

 

 (Extrait du film "Blade runner 2049" de Denis Villeneuve.

 

   L’interconnexion. Ils prononcent ce mot avec une ferveur presque religieuse, comme si c’était la promesse d’un salut collectif. Moi, chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression qu’on me force à respirer une odeur de moisissure. Rien ne me dégoûte plus que cette idée d’être lié à d’autres êtres humains. Rien.

   Dans les rues, je ne vois que des corps qui s’agitent, des visages qui s’illuminent sous la lumière maladive des écrans. Ils avancent en troupeaux désordonnés, persuadés d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux. À un peuple, à une nation, à une communauté, à une culture, à une cause. Des cages avec des drapeaux différents.

   Ils se regroupent comme des insectes autour d’une lampe. Ils se collent des étiquettes, des identités, des appartenances, comme si cela leur donnait une raison d’exister. Moi, je ne vois que des prisons mentales. Des foules qui se rassurent en se ressemblant, en répétant les mêmes slogans, en se fondant dans la même masse indistincte. Le groupe les protège, paraît-il. Le groupe les élève, paraît-il. Le groupe les dévore, surtout.

   Je n’ai jamais compris cette obsession de se rassembler. Parti politique, religion, ethnie, culture, mouvement, philosophie post-moderne… Tout cela n’est qu’une manière de dissoudre l’individu dans une boue tiède. Une manière de renoncer à penser seul, de renoncer à être seul, de renoncer à être.

   Moi, je n’ai plus besoin de ces refuges. On m’a trop mené, trop façonné, trop enfermé dans des structures qui prétendaient savoir ce qui était bon pour moi. Je ne veux plus appartenir à rien. Je ne veux plus être compté, classé, intégré, absorbé.

   Alors l’idée d’interconnexion… C’est pire qu’une menace. C’est une profanation.

   Je refuse d’être relié à ces foules qui bêlent en cadence, à ces groupes qui se croient élus, à ces communautés qui se pensent supérieures, à ces masses qui se rassurent en se ressemblant. Je refuse d’être contaminé par leurs peurs, leurs croyances, leurs illusions. Je refuse d’être un nœud dans leur réseau, un point dans leur schéma, une cellule dans leur organisme malade.

   Et pourtant…

   Depuis quelque temps, quelque chose se glisse dans les fissures. Une sensation étrangère, comme un souffle qui n’est pas le mien. Une émotion qui me traverse sans que je l’aie appelée. Une peur qui ne m’appartient pas. Un souvenir qui n’est pas issu de ma mémoire.

   Je me dis que ce n’est rien. Une fatigue. Une hallucination. Mais la nuit dernière, j’ai senti une présence. Pas humaine. Pas identifiable. Une sorte de battement sourd, comme si quelque chose tentait de s’infiltrer en moi, de me relier malgré moi à ce monde que je méprise.

   Je refuse cette idée. Je refuse cette intrusion. Je refuse cette connexion.

   Mais depuis ce moment, je ne suis plus certain d’être seul dans ma propre tête.

   Et si l’interconnexion avait toujours été là, tapie dans l'ombre, attendant son heure ? Et si ce n'était pas moi qui refusais le groupe, mais le groupe qui, jusqu'ici, m'avait refusé ? 

 


6 commentaires:

  1. L'interconnexion n'est pas dans tout çà. Elle n'est pas dans le corps matériel mais l'énergie. Heureusement qu'on ne nous oblige pas à fricoter les corps des uns et des autres. Par contre, nos énergies sont ressenties par tous et se modifient selon les fréquences environnantes. Pour ma part, c'est à ce niveau que je place l'interconnection les deux écritures sont correctes). Il me semblait bien que tu n'avais pas saisi ma conception quand tu avais relié cela à la condition humaine :) Nos énergies s'interconnectent constamment, cela ne veut pas dire qu'elles fusionnent. Elles peuvent se rejeter aussi. Mais l'interconnection ici est l'inévitabilité d'une connexion énergétique. Comme un courant qui se croise. Nous sommes des courants croisés et non fusionnés. Mais encore une fois, rien à voir avec notre condition matérielle. C'est un avis... presque subjectif mais qui pour moi est une certitude intuitive. Bonne soirée Jiru

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    1. Avalon. Eh bien ma soirée est remplie de vide donc me voilà à répondre.Une certitude intuitive... Des courants croisés... Étrange. J'avoue rester sur place là où tu trottines. Je ne sais pas quoi répondre ; tout comme lorsqu'on me parle d'amour et de symbiose. Peut-être pourrai-je remplacer tes énergie et tes courants par le mot "empathie" ? Bref il semble que je ne sois pas équipé pour une quelconque connexion... Rire. Je retourne à mes limbes, bonne soirée Avalon. (Tiens je vais m'écouter Roxy Music sur ce titre. ;-)

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  2. Il parait que dans une forêt, les arbres sont naturellement connectés entre eux par les filaments des champignons. Ils peuvent ainsi échanger des services. Il parait que ce sont des relations d'entraide, qui dès lors ne se refusent pas. J'ai tenté un commentaire dissonant. Mais comme vous ne parliez pas des arbres mais des humains, je suis hors-sujet.

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    1. Mme Chapeau. Pourquoi ne pas dissoner sur un blog de dissonance ? Vous ne seriez non pas en dissonance mais en résonance... L'idée de connexion des arbres m'a effleuré quand j'ai écrit "interconnecté", mais comme vous dites "même si les arbres se portent assistance : alerte, partage de nutriments, soutien envers les arbres faibles ; ils ne sont pas une seule entité biologique unique. A propos ce n'est pas : "Il paraît que les arbres sont naturellement connectés..." ; cela a été vérifié et validé (c'est le point fort de la méthode scientifique ; celle-là même que les menteurs rejettent parce que ce qu'ils prétendent être n'est pas vérifiable). Certains ont confondu ce "wood wide web" avec la fantasmagorie de certains films de fiction (genre "Avatar") ; ou l'hypothèse de Gaïa... Ce qui leur fait dire, ou affirmer, que les humains ne seraient qu'une seule et même entité. N'hésitez jamais à être à contre sens, ici ; c'est même le meilleur endroit pour l'être et débattre... Bon dimanche sous le soleil.

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    2. Merci pour cette gentille réponse. En fait, je savais que l'histoire des arbres avait été prouvée. Avant de vous écrire, j'avais même assuré mes arrières en lisant par exemple ceci :

      https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/plantes-et-vegetaux/la-grande-solidarite-des-arbres_135978

      qui est une bien jolie histoire de solidarité. Ce matin, comme je ne savais pas si vous saviez, j'avais commencé par « il parait » uniquement pour cette raison. Bon dimanche à vous aussi.



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    3. Mme Chapeau. Je comprends votre prudence, je peux paraître rustre, dangereux, agressif. Je vous présente mes excuses pour cela. J'admets plus facilement mes erreurs et mes fautes que mes qualités et mes vérités (qui restent sujet à ma critique). Faites-moi plaisir : ne vous restreignez nullement dans vos mots, je suis plus à l'aise avec la violence reçue qu'avec son contraire. Prenez soin de vous et bonne semaine.

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Inspiration-expiration

Inspiration... L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme. Expira...