mercredi 20 mai 2026

La profondeur de la solitude

   Je suis las. Tout mon corps hurle : « Stop ». Cela se traduit par des courbatures dans chacun de mes muscles, par une léthargie qui enveloppe mon esprit d’un épais brouillard, froid et collant. Le silence ne m’offre aucune prise à laquelle me raccrocher. L’immobilité de mon âme semble observer, attendre je ne sais quoi. Est-ce une chute dans ce qu’on nomme un « no man’s land » ?

   Je me souviens d’une nuit où j’avais tailladé mon avant-bras gauche assez profondément, et où mon sang, glacé, s’écoulait abondamment. J’entendais alors, dans mon âme, un rire moqueur que j’avais interprété comme une question amusée : « Est-ce cela que tu veux : finir de la sorte ? 

   Un bref sursaut de lucidité m’avait frappé comme un éclair : « Il est possible qu’on te trouve avant que tu ne succombes. Sais-tu ce qu’il adviendra de toi ? Dans ce monde, on t’empêchera autant que possible de fuir, tout comme lorsque tu es né et que ta génitrice t’affamait pour te “faire partir”. Ils te ramèneront et te mettront dans une cellule capitonnée, avec des cachets à ingurgiter ad æternam. Tu as supporté d’être derrière de hauts murs, des grillages et des barreaux pendant une partie de ton enfance. Et une fois libre, tu prends le risque d’y retourner ? 

   J’ai survécu en étanchant les plaies, puis en les cachant aux regards de ces créatures qui se disent bienveillantes. Jadis, seule mon âme était lasse… Cela m’a certainement sauvé. Mais depuis quelque temps, je sens mon corps m’attirer vers le bord du précipice. Le proverbe dit : « Quand tu regardes le gouffre, le gouffre te regarde aussi. »

   Est-il inquiétant d’imaginer ce qui pourrait découler d’une observation trop prolongée ?

   Personnellement, je suis plus inquiet de ceux et celles qui ne voient pas le bord du gouffre. Ceux-là, en général, ne s’y précipitent pas : ils y poussent les autres. « Nul ne sait ni le lieu ni la date », raconte un certain livre de référence. Je n’ai cure de tels ouvrages moralisateurs. La vie et sa finalité n’ont pas besoin de dogmes qui entravent la pensée.

   Mais d’où vient ce « stop » que je ressens dans chacune de mes fibres ? Qui est l’instigateur de cette douleur pénible ? Encore une maxime pour les amateurs de mots et de maux : « La douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle. »

   L’ennui avec les mots, c’est qu’on peut tout leur faire dire, jusqu’à leur contraire. C’est sans fin.

   Le pire, dans tout cela, ce sont ces moments de solitude abyssale, ces endroits où nul regard ne se pose sur vous, où aucun écho de voix n’effleure vos tympans, où aucune pensée ne vient apaiser vos tourments.

 
  
 
 




2 commentaires:

  1. Je viens vous lire sans savoir quoi dire. Aucune maxime à vous proposer sauf mon intime conviction. .Choisir d'en finir n'est jamais un acte anodin. Courage.

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    1. Dame Chapeau, la narration est affligeante, certes. Je ne partage qu'un état général, un automne existentiel d'une personne fatiguée. Une intime conviction est un trésor d'humanité. Merci à vous.

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Inspiration-expiration

Inspiration... L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme. Expira...