Me voilà devant une autre page blanche, électronique cette fois ; il y a une heure, la page était physique, un 和綴じ (« watoji ») avec lequel j’utilise un surligneur pour respecter l’élégance du « watoji ».
Sur ce dernier, je couche mes pensées brutes, sans fard, crues. Des narrations qui sortent de l’enfer de mon âme, insoutenables, qui me font pleurer de rage, d’effroi.
Des récits que je mettrais pourtant volontiers sur ce blog peu engageant ; si ce n’étaient les C.G.U. et la déontologie d’internet qui restreignent de nommer un chat : un chat.
Je le comprends : il faut ménager la sensibilité des autres, ne pas les pousser hors de leur zone de confort, de sécurité ; ne pas les provoquer, ne pas les faire douter.
Comment alors faire sortir le pus d’une plaie infectée ? D’ailleurs, extirper le pus d’une plaie est ce bénéfique ?
Il y a les : thérapie d’exposition, E.M.D.R., thérapie cognitive et narrative, l’écriture expressive.
Ce blog existe dans cette idée. Je l’allège parfois avec des photos, des « pseudo poèmes » et des « pseudo « haiku » ou « senryu » de ma composition, pour lui donner un peu de couleurs...
Ce soir, comme les autres soirs ou journées, un tourbillon de ténèbres soulèvent des images, des sons, des odeurs, des goûts… Depuis quelques semaines, pour la première fois de ma vie, j’ai accepté la pharmacologie sous ordonnance. J’ai commencé doucement, histoire de m’adapter aux cachets, puis on m’a recommandé de doubler les doses… en respectant les consignes de sécurité.
Je m’y soumets lorsque je sens que la vague d’horreur va m’emporter, à la dernière seconde. Là où je suis étonné c’est que je pensais être incapable d’aligner deux mots. En fait, les cachets me permettent juste de contenir mon corps.
Je ne compte plus les recueils où mon écriture s’est étirée sans fin, exprimant des scènes ignobles, des sensations prêtes à rompre, des bords de précipices sans fond… Ces mêmes recueils brûlés, et renaissants de leurs cendres encore et encore.
Où sont les effets bénéfiques de ces mots censés désamorcer les charges explosives de mes émotions ? J’entends ce D.E. hospitalier me dire que je suis une bombe à retardement, que la moindre thérapie jouerait le rôle de détonateur...
La nuit va être une fois de plus longue, très longue avant que l’épuisement m’emporte dans les affres de songes glauques.
C’est tout à votre honneur de vous préoccuper de la sensibilité de votre lectorat, mais ce dernier est libre de vous lire ou pas. Je vous lis non pas par curiosité malsaine ou voyeurisme, mais pour vous dire que vous n’êtes pas seul, et que votre vécu est bouleversant, et me déchire le coeur. Je vous souhaite un sommeil réparateur.
RépondreSupprimerPour d’autres raisons, mes nuits sont toujours longues et difficiles. Carla
Dame Carla.
SupprimerPuisque nous sommes assis sur le même banc de galère, ramons ensemble. Les nuits longues et difficiles sont toujours éprouvantes. Quand j'étais dans la vie active, je les accueillais comme des défis, des épreuves ; maintenant que je suis dans l'hiver de ma vie, je préfèrerai une accalmie...
Mais bon, c'est ainsi. Je croise les doigts pour que vous ne subissiez pas ces nuits-là dans la souffrance.
"Curiosité malsaine ou voyeurisme", que vous dites ? De mon côté je pense à "exhibitionniste ou pervers narcissique" quand je jauge mes propres écrits... Nous avons tous les deux tort.
Que votre nuit soit douce et apaisante.