Le plectre hésitant frôle la sonore biwa.
Elle a vu son vainqueur fouler le sable, là-bas.
Au travers du rideau de bambous en fines lames
Elle reconnaît aisément son pas jusque dans son âme.
Sabres au flanc et l'éventail haut, il va.
Son blason à l'effigie des Takeda ;
Le liseré rouge-sang et la fierté qui éclate
Transcendent la sombre armure de laque.
Ce guerrier vêtu de plaques et de lames mortelles
Semble être un crustacé géant, noir, éternel,
Sorti tout droit des gigantesques vagues,
Marchant d'un pas alerte, prêt à l'attaque.
Il la devine, sourit sans retenue sous le masque
Les antennes de feu vibrent à son casque
Son pas s'allonge sous le soleil
Sa silhouette prend un éclat rouge-vermeil.
Il a bravé les flots de guerriers rugissants
Brisé les armures et occis dans le sang ;
Mais pour lui, nul guerrier ne saurait être aussi redoutable
Que cette amante au sourire condamnable.
Il pense à sa peau douce et chatoyante ;
A ses lèvres parfumées, ses kimonos rougeoyants
Et le désir ardent embrase le guerrier dans l'armure
Une fougue animale le faisant charger dans l'écume.
Il la prendra ce soir dans une terrible clameur
Perdant tout sens de la proie et du chasseur.
Ils se fondront l'un dans l'autre en une pulsion
Mélangeant ensemble vie et mort avec confusion.
Cet amour sauvage, effréné est comme les vagues
Qui vont et viennent en ressac sur ses sandales
Et cette douce musique,sans jamais quitter le rivage,
Les berce déjà dans une volupté inavouable.

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