La silhouette, sous la pluie, a froid. Elle s'est encore laissé surprendre par l'averse de la vie. Il y avait bien les signes annonciateurs de ce qui se préparait, mais elle était confiante. Tout le monde autour d'elle parlait d'optimisme, de pensée positive, de la protection des anges et de toutes ces conneries sur la bonté humaine.
Mais ce soir, c'est plus pénible. Même aux tréfonds de son être, elle sent la morsure du froid comme celle d'un chien qui ronge son os et refuse de le lâcher. Les frissons de son corps, simple tentative pour réchauffer l'organisme, se transforment inexorablement en crampes qui imprègnent le moindre muscle, aussi petit soit-il.
Elle sent le rictus sur ses lèvres. Un rictus de douleur qui tétanise sa mâchoire, sa nuque, ses épaules.
Elle a envie de se blottir dans un fossé, sous les branchages d'un arbre pour s'abriter de la pluie qui ruisselle sur elle. Mais la douleur la dissuade de s'arrêter de marcher. Elle grelotte. Le vent rejoint l'orchestre nocturne, donnant une profondeur de baryton à la sensation de froid.
La silhouette traverse le village comme une âme en peine. Elle regarde les lumières aux étages des maisons, devine la chaleur du foyer, la tranquillité et la sécurité. Elle progresse vers la sortie de la petite commune, les épaules voûtées, son unique sac en bandoulière.
À la hauteur de la dernière maison, quelqu'un fume une cigarette sous un auvent, contemplant la pluie et savourant le tabac. Ce regard se pose sur le marcheur ruisselant avant de retourner à la tiédeur intérieure.
La nuit sera longue et sans repos, promettant une douleur interminable et l'amertume du silence intérieur comme extérieur.
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