Il m'aura fallu un demi-siècle pour découvrir « qui » j'étais, d'où je venais, et vers quoi je me dirigeais. Un demi-siècle pour identifier mes géniteurs, un demi-siècle à les peser, un demi-siècle à les mesurer, et un demi-siècle à les juger à leur aune, pour décider qu'ils étaient... insuffisants. Je ne pouvais pas prendre une décision juste sur des rumeurs ; rumeurs d'un autre temps, rumeurs de fantômes grimaçants, rumeurs de mendiant.
Dans ce laps de temps, j'ai erré comme un dément, comme un chien errant, sans but et sans chemin à suivre. Tout ce laps de temps à plisser les yeux sous la lumière et à les écarquiller dans l'obscurité. Tout ce laps de temps à rejeter les mains tendues, à évaluer les poings fermés ; tout ce laps de temps à esquiver les regards pénétrants et à capturer les regards vides. Tout ce laps de temps à fuir la proximité, à me réfugier dans la solitude.
L'histoire est banale. Des racines patriarcales à Arc-et-Senans, Doubs, dans la région Bourgogne-Franche-Comté ; des racines matriarcales à Limoux, Aude, dans la région Occitanie. Élevé ni dans les départements impliqués, ni par mes géniteurs. Juste un bâtard dont personne ne voulait, une erreur de la société, rien de plus. C'est une histoire insipide, une histoire commune dans une société quelconque.
La particularité réside en moi. Nulle part ailleurs. Je me suis accroché pendant deux décennies à un papier de l'A.S.E. qui disait, avec tampon à l'appui, qu'il n'était pas possible de délivrer une fiche familiale d'état civil. À mes yeux, j'étais dispensé de devoir prouver la filiation. Oh combien j'étais naïf ! L'administration m'a vite remis au pas, exigeant de nommer mes géniteurs et de les situer géographiquement.
Cela m'a coûté quand, en demandant un extrait d'acte de naissance, des identités sont apparues dans les paragraphes inoccupés pendant presque vingt ans ! Cela ne m'avançait guère plus, si ce n'est qu'alors les rumeurs prenaient corps, consistance, afin que mon cerveau perturbé greffe avec allégresse des horreurs quotidiennes et les justifie dans le ton consensuel de l'époque : on ne reçoit que ce que l'on mérite !
Pour le temps qui me reste, il m'appartient de défaire ce méli-mélo, de me désintéresser du pus de mon âme et de mon conditionnement maladif ; et si ce n'est de me comporter communément, au moins de réduire les réflexes disproportionnés qui m'habitent depuis toujours.
Ce sera là, sans doute, le but de mon existence ; un but qui m'a tant fait défaut tout au long de la vie, un but qui apparaît à l'orée de l'hiver de ma vie. Il ne me reste qu'à m'appliquer...
Bon courage pour ce nouveau but. L'objectif est cerné, reste à l'atteindre.
RépondreSupprimer♫ Parfois, un chien errant fait confiance à l'humain qui essaie de l'apprivoiser ♫ . Je vous souhaite de rencontrer quelques humains compétents qui pourront vous aider dans votre cheminement.
Quand on erre, on trouve des aires de repos, parfois. Quand à trouver un but, c’est le but d’une vie. J’en connais tant qui n’ont trouvé aucun but à leur vie et pourtant, ils ont vécu dans leur « vraie » famille…
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