dimanche 31 mai 2026

Faites des mères (ne cherchez pas, c'est fait exprès)

Avertissement. 

Ce texte aborde des thèmes de maltraitance, de violence psychologique, de négligence parentale et d’automutilation. Il contient des images fortes et un langage brutal. Lecture déconseillée aux personnes sensibles à ces sujets. Il est une fiction cathartique et ne vise pas à glorifier la violence.


Image générée par Copilot.

 

   Me voilà devant toi, non pas agenouillé comme le voudrait la tradition, mais dressé et vêtu de fureur. Si j’incline la tête, c’est pour assister à ta longue et douloureuse mise à mort. Toi, la putain sans visage, le parasite infectieux et débile, je te salue — non en fils, mais en bourreau.

   Ce jour n’est pas le tien, même si la foule t’honore. Je suis le gladiateur qui a survécu à tes coups. Je me souviens de tout : j’ai été ce bébé perdu dans tes errances égocentriques et lubriques, ballotté comme un sac d’os entre tes bras indifférents. J’étais là quand tu as jeté ma petite sœur aux ordures publiques, comme on jette les abats d’un sacrifice aux corbeaux.

   J’étais là quand tu m’affamais, me laissant croupir indéfiniment dans mes propres excréments, tel un esclave oublié dans les latrines de Rome. J’étais là quand mon frère, à six ans, volait à l’étalage pour nous nourrir, tel un jeune voleur des bas-fonds de Subure.

   Et chaque soir venait le pire des supplices : le venin de ta voix. Tu te glissais près de mon chevet pour susurrer à l'enfant que j'étais des horreurs sans nom, des monstruosités distillées pour briser mon âme. Tu cherchais à arracher la moindre once d'humanité en moi, gravant la laideur dans mes nuits pour que je devienne à mon tour le monstre que tu projetais.

   J’ai été cet enfant vendu pour demeurer derrière les barreaux ; rongé par la peur et la douleur, comme un martyr livré aux lions de Néron. Mais les lions, eux, tuent d’un coup de griffe. Toi, tu as choisi la lenteur.

   J’ai été cet adolescent qui aurait jubilé de te massacrer pour en faire un récit digne des tragédies de Sénèque, où le sang coule en abondance et où les dieux se détournent, indifférents.

   Et j’ai été ce jeune homme consumé par la honte et la folie, en me tailladant les poignets pour me vider de cette impureté insinuée, pour me réapproprier ce corps spolié, comme un prêtre d’Isis se purifiant par le feu.


   Aujourd’hui, je suis cet homme inconsistant qui se refuse à exister, souillé par tes chairs et infecté par tes fluides. Tu as frappé avec tes mots comme avec des dagues, tu as empoisonné l’air que je respirais, tu as corrompu jusqu’à mes rêves. Mais j’ai tenu bon. J’ai appris à parer tes coups, à retourner tes propres armes contre toi. Et quand tu as cru m’avoir terrassé, j’ai ri.


   Et puis est venu le coup de grâce.

   J’ai brisé le sceau de ta descendance, veillant à ce que le poison distillé en moi se perde dans le gouffre de l’oubli. J’ai œuvré toute ma vie pour ne jamais t’offrir d’héritier sur l’autel de ton égocentrisme.

   Parce que tu avais jeté ma petite sœur aux ordures comme un déchet de voirie, j’ai pris la peine de boucler la boucle : j’ai confié ma semence aux égouts de Rome, là où finissent les déjections des empereurs et des putains. C’est là que finit ta lignée, entre les immondices et l’oubli, comme une flamme étouffée sous la cendre.
   Ta malédiction s’arrête avec moi.
   Je suis le dernier des miens, et tant pis.

   Je crache sur l'ombre hypocrite que tu affichais à l'église, devant ton Dieu. Quelle ironie que ce dieu que tu priais entre deux amants puisse t'absoudre de tes actes immondes. Je sais où tu as été ensevelie, et je viendrai, un jour, pisser sur ta tombe avant de quitter cette terre.

   Toi, tu n’as jamais été qu’un monstre, et les monstres, on ne les enterre pas : on les laisse pourrir, festin pour les mouches ; on efface jusqu’à leur souvenir.

   Aujourd’hui, alors que la foule psalmodie son culte aux mères, je me tiens debout, seul, au centre de l’arène vide. Le sable a bu notre sang à tous les deux, et le mien était le dernier à couler.
   Mais un seul de nous deux respire encore.

   Je suis le dernier gladiateur.
   Je suis celui qui a survécu.
   Et je suis lavé.

 

samedi 30 mai 2026

La mentalité française

    Je me souviens d'avoir entendu cette histoire un matin, sur "France Bleue Provence" il y a quelques années. Elle était contée par un narrateur à l'accent provençal bien prononcé et je présente mes excuses quant à ne pouvoir le nommer ; j'ai simplement oublié son nom...

 


vendredi 29 mai 2026

Retraiter

   Quand j'étais dans la vie active, des rumeurs ou des légendes urbaines venaient s'échouer à l'orée de mes tympans : un tel s'était suicidé quelque temps après avoir basculé à la retraite...

   Je me demandais alors pour quelle raison une personne qui avait œuvré pour la société en arrivait à abréger son existence au moment où elle pouvait enfin respirer, se reposer et profiter d'un repos mérité...

   Il y a quelques mois, je suis sorti à mon tour de la vie active. Les premiers temps, je ne me suis rendu compte de rien. Il m'a fallu réaligner mon organisme sur un cycle diurne qui n'existait plus depuis des décennies. Mais une fois mon horloge interne remise à l'heure, ça a commencé.

   Le « face-à-face ».

   Jusque-là, la fuite en avant était aisée. Une ombre bougeait ? Je me précipitais sur le travail... Une voix se faisait entendre ? La sonnerie du téléphone et une requête de mon employeur repoussaient l'assaut...

   Mais tout cela est du passé. Les ombres se glissent sous ma porte, les chuchotements s'installent au pied de mon lit. Mon téléphone ne sonne plus ; la liste de contacts n'est plus.

   J'allais dire que la société était reconnaissante et me couvrait... Mais depuis quand fais-je confiance à la société ?

   Dès le début de ma vie, cette société n'a jamais cessé de faillir. Les informations actuelles attaquent sans vergogne les retraités : ils coûtent trop cher à la société, ils sont assis trop confortablement, ils gagnent trop ; il faut les brimer, les réduire, leur faire les poches...

   Rien n'a changé. Rien.

   Finiront-ils par lancer un pogrom contre les non-actifs âgés, appliquer la loi martiale et rouvrir les camps de travaux forcés ?... Soyons fous : après tout, nous sommes dans les années de la dystopie du film Soleil vert des années 1970...

   Rejoindrai-je la légende urbaine de moi-même, ou bien est-ce elle qui viendra me chercher ?...




dimanche 24 mai 2026

Inspiration-expiration

Inspiration...

L'enfant est seul dans un escalier, recroquevillé

Des larmes ruisselantes, des sanglots à fendre l'âme.


Expiration...

L'enfant crie sa rage et sa tête cogne la marche d'escalier,

Et la cogne encore, et encore ; jusqu'à ce que la main le relâche.


Inspiration...

L'enfant est couché dans son lit par l'horreur tétanisé

L'obscurité éclipsant le membre fouillant ses entrailles.


Expiration...

L'enfant est à l'isolement dans une chambre, enfermé

Il a faim, mais personne ne lui apporte de victuailles.


Inspiration...

L'enfant s'est allongé au milieu du sentier

Il a roulé un lourd rocher sur son ventre.


Expiration...

L'enfant se projette violemment contre les barreaux d'acier

Pour se disloquer contre, faute de se glisser entre.


Inspiration...

L'enfant est nu, les yeux fous, avec les autres alignés

Sur son visage une marque, celle de cinq doigts rouges.


Expiration...

L'enfant cherche à rester en apnée, il lui faut patienter

Que tout cela cesse enfin, que cela cesse pour toujours.


Inspiration... Expiration.







samedi 23 mai 2026

"Interconnecté"

 

 (Extrait du film "Blade runner 2049" de Denis Villeneuve.

 

   L’interconnexion. Ils prononcent ce mot avec une ferveur presque religieuse, comme si c’était la promesse d’un salut collectif. Moi, chaque fois que je l’entends, j’ai l’impression qu’on me force à respirer une odeur de moisissure. Rien ne me dégoûte plus que cette idée d’être lié à d’autres êtres humains. Rien.

   Dans les rues, je ne vois que des corps qui s’agitent, des visages qui s’illuminent sous la lumière maladive des écrans. Ils avancent en troupeaux désordonnés, persuadés d’appartenir à quelque chose de plus grand qu’eux. À un peuple, à une nation, à une communauté, à une culture, à une cause. Des cages avec des drapeaux différents.

   Ils se regroupent comme des insectes autour d’une lampe. Ils se collent des étiquettes, des identités, des appartenances, comme si cela leur donnait une raison d’exister. Moi, je ne vois que des prisons mentales. Des foules qui se rassurent en se ressemblant, en répétant les mêmes slogans, en se fondant dans la même masse indistincte. Le groupe les protège, paraît-il. Le groupe les élève, paraît-il. Le groupe les dévore, surtout.

   Je n’ai jamais compris cette obsession de se rassembler. Parti politique, religion, ethnie, culture, mouvement, philosophie post-moderne… Tout cela n’est qu’une manière de dissoudre l’individu dans une boue tiède. Une manière de renoncer à penser seul, de renoncer à être seul, de renoncer à être.

   Moi, je n’ai plus besoin de ces refuges. On m’a trop mené, trop façonné, trop enfermé dans des structures qui prétendaient savoir ce qui était bon pour moi. Je ne veux plus appartenir à rien. Je ne veux plus être compté, classé, intégré, absorbé.

   Alors l’idée d’interconnexion… C’est pire qu’une menace. C’est une profanation.

   Je refuse d’être relié à ces foules qui bêlent en cadence, à ces groupes qui se croient élus, à ces communautés qui se pensent supérieures, à ces masses qui se rassurent en se ressemblant. Je refuse d’être contaminé par leurs peurs, leurs croyances, leurs illusions. Je refuse d’être un nœud dans leur réseau, un point dans leur schéma, une cellule dans leur organisme malade.

   Et pourtant…

   Depuis quelque temps, quelque chose se glisse dans les fissures. Une sensation étrangère, comme un souffle qui n’est pas le mien. Une émotion qui me traverse sans que je l’aie appelée. Une peur qui ne m’appartient pas. Un souvenir qui n’est pas issu de ma mémoire.

   Je me dis que ce n’est rien. Une fatigue. Une hallucination. Mais la nuit dernière, j’ai senti une présence. Pas humaine. Pas identifiable. Une sorte de battement sourd, comme si quelque chose tentait de s’infiltrer en moi, de me relier malgré moi à ce monde que je méprise.

   Je refuse cette idée. Je refuse cette intrusion. Je refuse cette connexion.

   Mais depuis ce moment, je ne suis plus certain d’être seul dans ma propre tête.

   Et si l’interconnexion avait toujours été là, tapie dans l'ombre, attendant son heure ? Et si ce n'était pas moi qui refusais le groupe, mais le groupe qui, jusqu'ici, m'avait refusé ? 

 


vendredi 22 mai 2026

Le printemps où qu'il soit (1)


 








   En tant qu'étranger ("gaikokujin"), partir en vacances au "pays du soleil levant" pour photographier les cerisiers en fleur ("sakura") d'un seul raid était naïf.

   Déjà niveau photographie, je n'ai aucune connaissance technique de comment on prend une photo ; ensuite, le sujet bien qu'immobile ne se laisse pas faire car... il suffit d'un coup de vent, d'une bonne pluie pour arriver trop tard. 

   Il faut donc avoir un bon discernement du "moment" où l'on est au Japon, "où" on se trouve au Japon, et avoir une estimation fiable de la météo au niveau local...

   Pour quelques photos, cela m'a prit plusieurs voyages ; ce dont je ne me plains pas.

 

jeudi 21 mai 2026

La part qui nous appartient

 (L e sujet central, ici, n'est pas la pauvreté, ni une classe sociale particulière, mais la responsabilité individuelle et les conditio...