mardi 6 octobre 2026

Ronceveaux mieux que deux tu l'auras

     Décidément, "le roman national" n'est pas mon livre de chevet. A mon époque, sur les bancs d'école, l'Histoire nous était contée avec pas mal d'aplomb, des récits épiques comme ceux de Clovis, de Roland de Ronceveaux, de Jeanne d'Arc, etc. L’Éducation Nationale imprimait aux frais du contribuable des versions "au doigt mouillé", et personne n'y trouvait rien à redire.

   Roland de Ronceveaux, justement, semblait être un obscur nobliau, inconnu au bataillon de la lignée impériale ! La bataille mettant en avant les perfides Sarrasins n'avait pas de Sarrasins dans le coin... et il y avait d'autres nobliaux avec le Roland qui chaussaient plus grand que lui : le maître d'hôtel du roi (oups, le Charles n'était pas encore empereur), le comte du Palais... là où un Roland n'était qu'un comte des marches de Bretagne !

   - « Euh... mais... euh... Pas de neveu, pas de Sarrasins, pas de vengeance impériale ?... » (Déception et effarement absolu.)

   Les neveux de Charlemagne, s'étaient tirés avec leur mère quand le frère cadet de Charles était mort en pleine santé, à vingt ans, d'un saignement de nez ; sept ans avant Ronceveaux ! Tout ce beau monde avait filé à l'anglaise chez les Lombards, auxquels Charles leur fait la fête, au sens péjoratif, quelques années plus tard. Vous disiez ? Ils auraient pu hériter du trône de Charles qui s'en est emparé à la mort de leur père ? Oups !

   C'est environ trois cents ans après la bataille (!) que la politique et la religion s'emparent de l'escarmouche de Ronceveaux... Avec "La Chanson de Roland", on va motiver la troupe des Croisés, leur donner un bon scénario, une ligne à suivre, une motivation quotidienne pour baver de sainteté en trucidant les Sarrasins, ou les Maures ; en clair : les Musulmans.

   Voilà donc le « Roland arrangé » assis à la Table ronde avec son pote Lancelot ; on lui refile au passage une filiation : il est le neveu de l'empereur Charlemagne (une manière de rappeler par la filiation que tout chevalier qui prête serment peut devenir un héros et entrer dans l'Histoire, s'il sert avec bravoure son seigneur et maître, surtout s'il trépasse en gardant sur les lèvres le nom de Jésus-Christ !)...
   L'insignifiant commandant des marches de Bretagne, Roland, reçoit donc une promotion de haute lignée.

   ( « — Mais ce n'étaient pas des Sarrasins, c'étaient des Basques, mon pote !
         — Ouais, eh bé les Croisés, eux, comprennent si tu gueules : “les Sarrasins !” ; par contre si tu l'ouvres en criant : “les Basques !”, tu vas prendre des jets de godillots !               — Ok, les Sarrasins, ça porte bien ; et puis c'est dans le scénario... » )

   Bref, d'un Roland quelconque, on fait un neveu de l'Empereur et une icône politique, religieuse, ludique et littéraire qui continue de chevaucher au travers des siècles ; dans son armure étincelante ; au nom des nationalistes ou des religieux bien malhonnêtes à mon goût…

   A savoir si les livres d'Histoire du XXIe siècle trimballent encore des conneries politiques ou religieuses pour enfumer les générations qui viennent...


Réf. : 
 - Le début du règne, une rivalité fraternelle » par Denis Hayot
 - « Roland à Ronceceaux, de la résistance au sacrifice » par Aurore Chemama (revue « Les Dossiers de la Marche de l’Histoire »)
 - « Ronceveaux, une défaite victorieuse » par Francis Dréer (revue « Les grandes batailles de France »)



dimanche 4 octobre 2026

La lice

   Oyez, oyez, braves demoiselles d’une époque oubliée. Arrêtez‑vous un instant à mon humble stand, et venez éclairer de votre sagesse ancestrale l’obscurité où se débattent ces damoiseaux désespérés…

   Il était une fois un jeune puceau qui s’avançait dans la vie. On lui contait sans cesse des histoires où l’on réveillait des princesses en les baisant dans leur sommeil. Oui, c’est bien ce que disent les écrits ; ne faites point les gros yeux.

   Le voilà donc dans l’antichambre, juste avant que la porte ne s’ouvre sur la lumière. Il n’est pas seul : d’autres jeunes mâles sont en lice, et dans le fatras des « gestes amoureuses », il est dit qu’un seul atteindra le Graal de l’amour.

   Nos pur‑sang, nerveux et inquiets, se préparent : le tournoi va commencer. Chacun soupèse sa lance, la mesure, la compare. Dans les tribunes, sa Dame évaluera la prestance, l’élégance, la longueur et la robustesse de l’armement. Bon sang, mais quelles sont les règles ? Ils n’en savent guère.

   La veille, dans les tavernes du comté, ils ont tendu l’oreille. Pour deux sous (et pas par dessous), les gueuses les ont embrouillés : « C’est la longueur qui compte », dit l’une. « Que nenni, jeune seigneur, c’est la manière de tenir la lance », dit l’autre. Et les conseils s’enchaînent : « Tenez la bride et fouettez la croupe », ou encore : « Dressez l’oriflamme sur le cœur et laissez‑vous porter au galop ».

   Au final, les damoiseaux sont plus perdus qu’avant, et les damoiselles, elles, ramassent les deniers. S’il y a amour, c’est celui sonnant et trébuchant ; comme il est dit dans l’air du Temps « Bourses molles pour les indigents ! »

 

Ronceveaux mieux que deux tu l'auras

     Décidément, "le roman national" n'est pas mon livre de chevet. A mon époque, sur les bancs d'école, l'Histoire no...