samedi 5 septembre 2026

Une tournure curieuse

   Le contexte : Nous sommes quelque part dans le passé, dans un centre commercial. L'agent G. fait sa première ronde en galerie marchande, comme tous les matins.Jusqu'ici, rien de plus normal ; les commerçants de la galerie paient pour obtenir des rondes de sécurité pendant les journées d'ouverture, et l'agent de galerie doit donc assurer deux missions : la première, celle d'assurer la sécurité du magasin principal, et la seconde : celle de s'assurer de la sécurité des commerces dans la galerie.

   Passant devant la boutique la plus éloignée de sa mission première, l'agent G. est interpellé depuis le magasin. Serein et calme, l'agent G. reconnaît la voix d'une jeune femme qui lui a semblé naïve lors de sa présentation par le propriétaire du magasin quelques mois auparavant.

   Il entre d'un pas nonchalant dans la boutique et note un couple un peu en retrait, absorbé dans la contemplation des promotions de la semaine, à proximité de la caisse.  — « Bonjour agent G., comment vas-tu aujourd'hui ? »  La question est surprenante pour l'agent G. car il s'est toujours évertué à vouvoyer les personnes avec qui il bosse professionnellement. Il se concentre alors sur la jeune femme, en mode « analyse intentionnelle » en faisant attention au créneau temporel : pas de situation conflictuelle, le passage doit être bref. 

   — « Tout va, Mlle Carole. Y aurait-il un souci que je puisse résoudre ? » 

   — « Du tout, M. l'agent. Je me demandais juste, depuis le temps que l'on se croise, si ce soir après votre travail, vous seriez tenté de venir voir ma chatte ?... » 

   L'agent G. se trouve soudainement déstabilisé. Dans un autre contexte, il éclaterait d'un rire narquois. Pas question de se laisser aller à cette familiarité, il est au boulot et cette jeune femme est une parfaite inconnue. Du coin de l'œil, l'agent voit le couple de clients sourire jusqu'aux oreilles ; et sondant le visage de Carole, il ne réalise aucune arrière-pensée chez la jeune femme. 

   À voix basse pour ne pas alarmer la caissière, il lui murmure : « Mlle Carole, votre question est ambiguë. Les gens sont à la limite d'exploser de rire. Je vous propose une chose : je vais sortir et repasser devant le magasin. Reformulez votre question en n'utilisant pas le mot "chatte". » 

   Carole semble décontenancée, puis sourit comme si l'idée de parler à cet agent la ravissait... « Entendu, recommençons ! » 

   Au deuxième passage, la jeune femme l'interpelle alors avec un enthousiasme sincère, et s'exclame : « M. l'agent, seriez-vous disponible ce soir pour venir voir mon minou ? » 

   Cette fois, le couple encore présent éclate de rire. L'agent, rouge de confusion, s'approche de Carole et lui rétorque : « Vous le faites exprès ou quoi ? Vous ne comprenez donc rien ? » 

   — « Non, je ne comprends pas. Vous m'avez dit que le mot "chatte" était inconvenant, pourquoi "minou" l'est-il aussi ? Que dois-je dire alors ? » 

   — « Je vous laisse réfléchir sérieusement. Je retourne à ma mission. Bonne journée ! » 

   En quittant le magasin, l'agent effaré se demande si Carole a toute sa lucidité... 

 

14 commentaires:

  1. L agent G aurait du comprendre que Melle Carole n avait pas d animal de compagnie. Enfin je reagis comme le couple de clients suis je sotte......
    Je suppose que l agent G avait du sexe a piles pour que Carole lui propose ce verre de l amitie. KATAKANA

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    1. Katakana.
      Je ne suis pas jouet pour deux sous, les sexes à piles ne sont pas sur ma table de chevet.
      :-)

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  2. Vos mots me plaisent et excitent toujours ma curiosité. Et j’adore votre humour caustique.
    Texte délicieux.
    Carla

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  3. Dame Carla.
    Si curiosité il y a, laissez-la s'exprimer. Merci de votre compliment, il me touche. Douce journée à vous.

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  4. Je ne sais pas jouer avec les mots, mais j’ai toujours un désir discret pour l’autre, une curiosité saine.
    Votre gentillesse me touche énormément.
    Carla

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    1. Dame Carla.
      Ne dit-on pas que "gentil n'a qu'un œil" ? Comme je l'ai précisé maintes fois à Mme Chapeau, ou AlainX : ici est un espace de dissonance, libre à vous de diverger ou de converger selon votre envie.
      Prenez soin de vous.

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  5. Voilà l'illustration qui convient !
    https://www.youtube.com/watch?v=BsWyiPqTEUo

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    1. AlainX.
      Gracie, gracias, danke schun, thank you, abrigado, merci, arigato gozaimasu, etc. pour l'illustration qui est appropriée.
      :-)

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  6. Merci pour cet délicieux texte. En anglais, c'est le mot chienne ( bitch ) qui a hérité de cet aspect ambigu, mais sa traduction est nettement moins gentille 😺.

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    1. Mme Chapeau.
      Vous me connaissez, il m'arrive de chahuter avec mes histoires, mêmes avec celles qui rendent sourd ; celle-ci n'est que le reflet d'une situation vécue.
      Pour l'anglais, il me semble avoir entendu cette terminologie ; mais n'étant pas doué en langue... vous m'avez compris.
      ;-)

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  7. Afin de ne pas trop vous déplaire voire vous contrarier, je vais donc apprendre à diverger, à dissoner, pour pouvoir fréquenter votre blog.
    Belle soirée à vous.
    Carla

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    1. Dame Carla.
      Ne vous méprenez pas, je ne parle pas de condition « sine qua non » pour intervenir sur mon blog. Soyez simplement vous-même. La contrariété n’est pas rédhibitoire, elle invite à débattre.
      Pas trop me déplaire ? Allons donc, si j'ai pu déplaire (alors que je ne cherchais pas à plaire) cela ne m'a pas affecté ; j'en ai fait un principe : si vous ne cherchez pas à plaire comment pourriez-vous déplaire ?
      (Vous avez deux heures pour rendre votre copie)
      Douce soirée.
      ;-)

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  8. Un métier difficile, agent de sécurité, car il y a toute sorte de sécurité. L'agent G semble avoir une tête bien pleine qui lui évite de cheminer sur des territoires dangereux qui risqueraient de mettre en péril sa sécurité intérieure ;)

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    1. gballand.
      Ce n'est pas comme si l'agent G. ne connaissait pas les humains. Il sait que ces derniers ne sont jamais ce qu'ils prétendent être, en tout cas pendant ses missions...
      :-)

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