dimanche 4 octobre 2026

La lice

   Oyez, oyez, braves demoiselles d’une époque oubliée. Arrêtez‑vous un instant à mon humble stand, et venez éclairer de votre sagesse ancestrale l’obscurité où se débattent ces damoiseaux désespérés…

   Il était une fois un jeune puceau qui s’avançait dans la vie. On lui contait sans cesse des histoires où l’on réveillait des princesses en les baisant dans leur sommeil. Oui, c’est bien ce que disent les écrits ; ne faites point les gros yeux.

   Le voilà donc dans l’antichambre, juste avant que la porte ne s’ouvre sur la lumière. Il n’est pas seul : d’autres jeunes mâles sont en lice, et dans le fatras des « gestes amoureuses », il est dit qu’un seul atteindra le Graal de l’amour.

   Nos pur‑sang, nerveux et inquiets, se préparent : le tournoi va commencer. Chacun soupèse sa lance, la mesure, la compare. Dans les tribunes, sa Dame évaluera la prestance, l’élégance, la longueur et la robustesse de l’armement. Bon sang, mais quelles sont les règles ? Ils n’en savent guère.

   La veille, dans les tavernes du comté, ils ont tendu l’oreille. Pour deux sous (et pas par dessous), les gueuses les ont embrouillés : « C’est la longueur qui compte », dit l’une. « Que nenni, jeune seigneur, c’est la manière de tenir la lance », dit l’autre. Et les conseils s’enchaînent : « Tenez la bride et fouettez la croupe », ou encore : « Dressez l’oriflamme sur le cœur et laissez‑vous porter au galop ».

   Au final, les damoiseaux sont plus perdus qu’avant, et les damoiselles, elles, ramassent les deniers. S’il y a amour, c’est celui sonnant et trébuchant ; comme il est dit dans l’air du Temps « Bourses molles pour les indigents ! »





8 commentaires:

  1. Ah, les compétitions ! la façon dont vous raconter celle-ci me fait sourire, mais il est vrai que je ne l'ai pas vécue. "Débuter dans le monde du dit amour est une épreuve qui, parfois, reste en mémoire longtemps. Il faut dire que lorsque l'argent est au pouvoir de l'amour, les "purs sangs" se fatiguent et les "dames" exigent toujours plus ;)

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    1. gballand. Le mercantile fourvoie la compétition, voilà mon avis. Je me souviens d'avoir vu des confrontations épiques tellement absurdes que je me retirais de la lice... Ne fais-je pas partie des indigents ?

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  2. Mais quel beau florilège d'expressions à double sens et de jeux de mots coquins. Un tout grand bravo à vous.

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    1. Mme Chapeau. Venant de vous, ce bravo m'honore. Il y a effectivement un double sens dans la lice afin de faire face, ou tourner casaque, à l'adversaire. Après tout, un jeu quel qu'il soit, a des règles vouées à être contournées ; mais que faire quand ces dernières sont pipées ?... (Bon, je sors...)

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  3. Le billet est bien ecrit mais que ce n est pas joli de briser les reves d enfants car ce n'est point la l histoire, la baisant n'est qu'une histoire de baiser (d'embrasser) et vous utilisez ce mot comme une vulgarité non méritée. KATANA.

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  4. Katakana. Méritée, pas méritée ; qu'importe. Il me semble que le sujet est la place de la virilité dans la société. Une mauvaise définition et nous voilà dans un problème démographique et migratoire comme on en connait de nos jours.
    Briser les rêves d'enfant ? Fichtre, je n'avais pas ces rêves de princesse ou de je ne sais quoi... ces nigauderies ne sont même pas drôles.
    :-)

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  5. Quel talent dans le double sens et dans l'écriture !

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    1. Myrte. On pourrait dire que je suis un vieil aigri, impotent. Je serai le premier à le clamer si... si dès mon enfance je ne pensais pas ainsi. C'est pas drôle de se trouver avec le haut de gamme d'un outil dont le mode d'emploi est écrit en hiéroglyphes et où personne ne lit cette écriture.
      :-)

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La lice

   Oyez, oyez, braves demoiselles d’une époque oubliée. Arrêtez‑vous un instant à mon humble stand, et venez éclairer de votre sagesse ances...