... à la tentation de reprendre immédiatement le contrôle du récit.
J'aborde ici un sujet qui semble banal mais qui est en vérité un réel problème de comportement : les excuses. Est-ce dû à notre éducation, notre culture ou notre personnalité, nous avons tendance à nous excuser par nous-mêmes et envers autrui.
Sans m'abuser par mon raisonnement, je dirais que ceci est le résultat de l'éducation, qui veut que l'on se justifie sur nos actes (quitte à mentir) ; de notre culture qui nous incite à l'irresponsabilité (l'impunité est de mise, puisque c'est forcément la faute à « quelqu'un d'autre ») ; et enfin de notre personnalité, qui s'arrange avec des exactitudes approximatives sous prétexte de se protéger, ou plus malsain : de protéger autrui.
Le typique « je m'excuse » est un exemple de l'autosuffisance qu'on applique quotidiennement sans même sourciller. Personnellement, j'ai toujours ressenti ce « Je m'excuse » comme un affront et une incorrection qui me fait réagir « au quart de tour ».
S'octroyer soi-même sa propre excuse, c'est commettre un second vol : celui du droit du pardon. La vérité, c'est qu'une faute ne peut être absoute que par la personne qui l'a subie. Quand l'auteur d'une offense s'octroie son absolution à coups d'excuses préfabriquées, il cherche juste à édulcorer son acte et à soulager sa propre conscience, niant par là même le préjudice réel infligé à sa victime. Cela me paraît incroyablement arrogant, narcissique !
Il y a aussi dans la même lignée le « excusez-moi » lancé à tous les vents, qui ne s'attarde pas à la personne lésée et n'attend aucune réponse. Une attitude irrespectueuse, tout comme ces répliques du type : « excusez-moi d'avoir fait cela, MAIS... », ou : « excusez-moi, cela s'est passé PARCE QUE... ».
Ces excuses spontanées et non sollicitées ne sont bien souvent qu'un bouclier pour réécrire l'histoire à moindre coût. On empile les explications pour atténuer sa responsabilité, s'offrant une impunité à bon marché.
Je me répète mais : le seul législateur de la faute, c'est celui qui a souffert. Tant que la victime n'a pas mesuré l'impact de l'offense et accordé son pardon, l'offenseur reste entièrement comptable de ses actes.
En vérité, il n'y a pas lieu de donner des explications lorsqu'on faute, sans y avoir été invité ! Les mots du fautif ne font qu'aggraver la situation. Pourquoi alors en rajouter ?... Parce que nous manquons de courage pour reconnaître notre propre faute face à nous-mêmes et autrui.
La demande d'excuse devrait être humble, et le fautif préparé aux conséquences. Une erreur (une action) entraîne une réaction qui permet à son auteur de se corriger. Accepter sa faute et la reconnaître devant autrui se passe d'explication. Un seul mot absolu suffit lorsqu'on se tient face à la personne que l'on a blessée : « excusez-moi », lié à une attitude intègre, tout en se soumettant sans broncher à une éventuelle punition (réprimande, colère, etc.)
Les explications viennent plus tard, si la victime en fait la demande. En aucun cas celui qui a fauté ne doit se justifier sans y être invité.
C'est en côtoyant ma femme japonaise que j'ai ouvert les yeux sur cette insuffisance. Nous autres Occidentaux avons un comportement parfois arrogant et immature en comparaison des Japonais, qui pratiquent le « Dogeza ».
Cette inclinaison physique et morale permet une correction salutaire pour apprendre et ne pas répéter la faute en ayant tout le loisir de la méditer dans cette position. Cela nous invite à prendre conscience de nos mots et à respecter enfin l'autorité exclusive de la victime sur le préjudice infligé.
Image Google (libre de droit).

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