Je n’ai jamais su ce qu’était l’amour. Cet amour dont parlent tous les humains. Ils semblent même vouloir mettre un « A » (majuscule) à ce mot-là.
La première fois que j’ai entendu ce mot, c’était en primaire : on nous racontait des fables où une princesse attendait le grand Amour (avec la majuscule), et attendait aussi un beau prince charmant… Ces foutues histoires affirmaient d’emblée que c’était aux princes charmants de se bouger le cul pour décrocher la lascive princesse.
Ça ne me parlait pas. C’était même maladroit pour moi, voire humiliant. Un « beau », un « prince », « charmant » ? Ma seule référence, c’était les menaces de ma nourrice, son ton autoritaire répondant à ma détresse, sa violence pour contrer la mienne. La princesse, au pire, je vivais avec : ma sœur cadette. Elle était la fille qu’Odette n’avait jamais eue, et je la jalousais.
L’amour des adultes ? Parlons-en. Mes géniteurs et leur époque ? Le triptyque « Travail, Famille, Patrie » faisait qu’ils n’avaient cure de la fidélité ; leurs seules préoccupations étaient leurs petites personnes indigentes.
Et ma nourrice ? Une femme divorcée avec deux adolescents, qui élevait d’autres enfants pour arrondir ses fins de mois. Elle avait fini par m’abandonner et se remarier. Son objectif était de faire adopter ses propres enfants par ce nouveau conjoint…
Mon début de vie d’adulte ? J’étais en mode survie, à vivre dans la rue, avec mes blessures physiques et psychiques. La princesse m’attendrait. De la survie, j’ai enchaîné sur la précarité. La lascive attendrait encore. Pourtant, un jour, l’une d’entre elles m’a lancé un défi : m’occuper d’elle toute une nuit.
Le reste ne fut qu’une suite de déboires, d’incompréhensions, d’exigences et de manipulations. Je n’ai jamais approché l’amour. J’ai seulement approché « autre chose », que les passionnés appellent aussi amour par hypocrisie : le sexe. Et ce sujet-là est lui aussi corrompu par mon vécu traumatique.
N'étant pas humain j'ai mimé les êtres humains, et j’ai fait la part des choses entre ce que je pouvais atteindre et ce qui m’était inaccessible. Ce concept d’amour ne m'étais pas accessible. Je l’ai remplacé par celui de loyauté.
Pour moi, l’amour n’est qu’un concept utopique, et l’utopie est une forme de dictature, un rêve de mégalomane. Les rêves n’ont plus de place dans mon existence depuis très longtemps, et j’exècre la mégalomanie.
Ce post fait de moi une créature sans doute inquiétante. Cela ne me touche pas ; je le sais depuis longtemps. Je ressasse sans cesse les mots de mes ex-partenaires ; ces mots qu’elles avaient en commun à mon sujet : « Tu es un mort-vivant, sans ambition, sans projet... ».
Par ironie, cela expliquerait les tentatives des humains d’en finir avec moi… Sauf que, j’ai interviewé ces humains et ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur leur concept de l’amour ; me laissant eux aussi sans explication.
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