jeudi 20 août 2026

Les histoires d'A

   Je n’ai jamais su ce qu’était l’amour. Cet amour dont parlent tous les humains. Ils semblent même vouloir mettre un « A » (majuscule) à ce mot-là.

   La première fois que j’ai entendu ce mot, c’était en primaire : on nous racontait des fables où une princesse attendait le grand Amour (avec la majuscule), et attendait aussi un beau prince charmant… Ces foutues histoires affirmaient d’emblée que c’était aux princes charmants de se bouger le cul pour décrocher la lascive princesse.

   Ça ne me parlait pas. C’était même maladroit pour moi, voire humiliant. Un « beau », un « prince », « charmant » ? Ma seule référence, c’était les menaces de ma nourrice, son ton autoritaire répondant à ma détresse, sa violence pour contrer la mienne. La princesse, au pire, je vivais avec : ma sœur cadette. Elle était la fille qu’Odette n’avait jamais eue, et je la jalousais.

   L’amour des adultes ? Parlons-en. Mes géniteurs et leur époque ? Le triptyque « Travail, Famille, Patrie » faisait qu’ils n’avaient cure de la fidélité ; leurs seules préoccupations étaient leurs petites personnes indigentes.

   Et ma nourrice ? Une femme divorcée avec deux adolescents, qui élevait d’autres enfants pour arrondir ses fins de mois. Elle avait fini par m’abandonner et se remarier. Son objectif était de faire adopter ses propres enfants par ce nouveau conjoint…

   Mon début de vie d’adulte ? J’étais en mode survie, à vivre dans la rue, avec mes blessures physiques et psychiques. La princesse m’attendrait. De la survie, j’ai enchaîné sur la précarité. La lascive attendrait encore. Pourtant, un jour, l’une d’entre elles m’a lancé un défi : m’occuper d’elle toute une nuit.

   Le reste ne fut qu’une suite de déboires, d’incompréhensions, d’exigences et de manipulations. Je n’ai jamais approché l’amour. J’ai seulement approché « autre chose », que les passionnés appellent aussi amour par hypocrisie : le sexe. Et ce sujet-là est lui aussi corrompu par mon vécu traumatique.

   N'étant pas humain j'ai mimé les êtres humains, et j’ai fait la part des choses entre ce que je pouvais atteindre et ce qui m’était inaccessible. Ce concept d’amour ne m'étais pas accessible. Je l’ai remplacé par celui de loyauté.

   Pour moi, l’amour n’est qu’un concept utopique, et l’utopie est une forme de dictature, un rêve de mégalomane. Les rêves n’ont plus de place dans mon existence depuis très longtemps, et j’exècre la mégalomanie.

   Ce post fait de moi une créature sans doute inquiétante. Cela ne me touche pas ; je le sais depuis longtemps. Je ressasse sans cesse les mots de mes ex-partenaires ; ces mots qu’elles avaient en commun à mon sujet : « Tu es un mort-vivant, sans ambition, sans projet... ».

   Par ironie, cela expliquerait les tentatives des humains d’en finir avec moi… Sauf que, j’ai interviewé ces humains et ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur leur concept de l’amour ; me laissant eux aussi sans explication.

 




12 commentaires:

  1. Ah, l’Amour ! Amusante la façon dont vous évoquez le prince charmant et la princesse ! Et délicieuse cette chanson des Rita Mitsouko dont j’adore le refrain.
    « N'étant pas humain j'ai mimé les êtres humains » dites-vous. La vie est une suite de mimes, je pense et, pour arrêter de mimer, il faut trouver sa place. Quant aux « rêves », ne hantent-ils pas nos nuits à tous, parfois ?
    Tu es une créature inquiétante, avez-vous entendu. Au début, les autres nous intriguent par leur différence – même si ce sont des créatures inquiétantes - mais ils nous révèlent aussi la part obscure de nous-mêmes, et ça fait peur, peur PEUR.
    Ah, l’Amour ! il y a tant à en dire parce qu’on ne sait pas exactement ce que c’est, et parce que la vie essaie de nous l’apprendre avec ces hauts et ces bas qui laissent parfois un peu d’amertume.😉

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  2. gballand.
    Yep, les couillonnades que l'on nous sert au restaurant du primaire feraient mieux d'être jetées à la poubelle. Cela fausse d'entrée de jeu la scène théâtrale que les acteurs s'apprêtent à jouer, aussi bons qu'ils soient ; et puis brider leurs improvisations est contre-productif.
    L'idée des mimes est mignonne, je l’interprète donc comme une immense scène de mimes humains... où j'aurai ma place finalement. J'adore vos suggestions. Quant à l'amertume, c'est comme la tristesse, elles sont le résultat d'une attente quelconque, selon moi.
    :-)

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  3. ♫ Il n'y a pas que les humains sur terre, il y a aussi par exemple les chiens et dans le regard d'un chien, on peut lire de l'amour inconditionnel ♫

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    1. Ah, les animaux... Je ne sais s'ils nous portent de l'amour, mais leur loyauté est effectivement inconditionnelle. Je ne mérite pas leur dévouement, mais je les admire.

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  4. Je suis d'accord, il est impossible de s'accorder sur « le concept de l'amour » vu que ce n'est pas un concept, mais une expérience humaine, celle de donner librement et volontairement et de recevoir librement et volontairement. Un échange au sein d'une relation qui a son particularisme et se montre unique pour chaque relation. Un échange qui comporte un vouloir individuel et partagé Donc théoriser à son propos c'est se fourvoyer.
    Dans mon dictionnaire des synonymes, j'ai relevé plus de 80 mots à propos de amour, c'est dire si l'amour à de multiples facettes
    L'amour est un ressenti dans le corps. La personne dit : « je me sens aimé ». On est loin d'une « idée » sur la question. Ça suppose simplement de se laisser ressentir en tant qu'humain que tu es, même si tu soutiens le contraire.
    Mais je crois assez bien comprendre ton vécu. Il n'y avait pas de place pour ce genre de relations. On ne rémunère pas l'amour. Le mieux est alors de dire qu'il est utopique.
    Tu n'es pas une personne inquiétante, plutôt une une personne dont je m'inquiète pour elle. Et on s'inquiète des personnes qu'on apprécie vis-à-vis desquelles on aimerait qu'un bien leur soit donné. Un truc gratuit en quelque sorte. D'ailleurs gratuit et un synonyme de amour.
    J'arrête là mon baratin qui n'a sans doute guère d'intérêt à tes yeux

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    1. AlainX.
      Que nenni, ton commentaire a un intérêt à mes yeux. Le débat n'est jamais contre-productif. Tu le dis si bien "il n'y a pas de place pour ce genre de relation dans ma vie ; dans "le mode survie" le ressenti est superflu, voire décadent. Qu'un bien me soit donné ? Rires. Ce serait là un bon moyen pour que je disparaisse définitivement. Un bien donné n'est qu'un piège, rien d'autre. Avec l'expérience humaine que tu as, tu sais fort bien que "le gratuit" est un leurre, un traquenard : ce qui est gratuit est payé par quelqu'un, et souvent c'est celui, ou celle, qui s’accommode de la gratuité qui en est la victime... Ainsi, je ne suis pas étonné de fuir le gratuit s'il est synonyme d'amour !
      Pour rester dans le ton de ton point de vue : si l'amour est une expérience humaine, je fais bien de revendiquer que je ne sois pas humain...
      Tes interventions sont toujours étonnantes à mes yeux.

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  5. L' Amour, je suis une grande amoureuse devant l'eternel, j'aime la vie qui ne me le rend pas forcement, j'aime le printemps lorsque tout s'eveille, j'aime le chocolat, le champagne rosé ça c'est une forme d'amour aprés il y a l'amour sans condition que j'éprouve pour mon fils rien ni personne n'arrivera à me le faire detester même si parfois je lui dis qu'il me fait suer.............et puis il y a ce que j'appelle l'amour à savoir le plaisir d'être avec la personne qui dans les gens que je connais dépasse haut la main les qualités que je pense être les meilleures à mon gôut, la tendresse que nous avons l'un envers l'autre, les éclats de rire que nous partageons parfois même sans raison même sans que le sexe entre en ligne de compte, tous ces petits moments que nous detesterions chez quelqu'un d'autre mais qui passent tranquillou et moi Mon Doudou je l'adore et quand je dis Mon ce n'est pas une forme d'appartenance mais juste qu'il n'y a que moi qui l'appelle ainsi. Voilà il est loin d'être un prince, il n'est pas toujours facile a vivre ce n'est pas non plus une figure de magazine mais il qui remplit de joie mes journées. KATAKANA

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    1. Katakana.
      Que répondre à cela ? Vous englobez beaucoup d'approches différentes : l'alimentation, le ressenti, la jovialité, la sensualité... Toutes ces données ont un point commun : votre propre plaisir. Ce qui voudrait dire que vous aimez "l'autre" pour vous-même ?
      Si je devais imaginer l'amour, ce serait dans l'idée d'aimer l'autre pour ce qu'il, ou elle, est ; pas pour ce qu'il m'apporte ou me procure...
      Merci de votre opinion intéressante.

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    2. Aimer c'est aussi désirer et accepter de recevoir. C'est là une preuve de grande confiance en l'autre que se laisser recevoir son amour avec sa générosité et ses limites.
      L'amour suppose de se montrer vulnérable, et constater dans sa chair et son être que c'est sans danger.

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  6. Mais si j'aime l'autre pour ce qu il me procure et que l'autre reste 10 ans a vivre les memes moments de rigolade de jeux de tendresse et d'accrochage ne serait ce pas parce que je lui procure les memes sentiments? nous et je n'aimons pas les entraves et pourtant parfois nous faisons des concessions d'un côte ou de l'autre. katakana

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  7. Vous dites avoir « mimé » les humains, mais ce texte me fait plutôt penser à quelqu’un qui a passé énormément de temps à essayer de comprendre ce que les humains font les uns avec les autres. Et cette tentative de comprendre le lien, même lorsqu’elle passe par le rejet, me paraît finalement assez humaine.

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    1. Dédé.
      Je ne vois là aucune incohérence. Pour mimer quelqu'un il faut un bon sens de l'observation afin de reproduire un effet bluffant. Lorsqu'on commence dans la vie avec pour survie de se fondre dans la masse, il faut observer et essayer de comprendre pour être crédible. Peut-être que la tentative de ressembler se solde par un bluff efficace ?...

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