La silhouette, sous la pluie, a froid. Elle s'est encore laissé surprendre par l'averse de la vie. Il y avait bien les signes annonciateurs de ce qui se préparait, mais elle était confiante. Tout le monde autour d'elle parlait d'optimisme, de pensée positive, de la protection des anges et de toutes ces conneries sur la bonté humaine.
Mais ce soir, c'est plus pénible. Même aux tréfonds de son être, elle sent la morsure du froid comme celle d'un chien qui ronge son os et refuse de le lâcher. Les frissons de son corps, simple tentative pour réchauffer l'organisme, se transforment inexorablement en crampes qui imprègnent le moindre muscle, aussi petit soit-il.
Elle sent le rictus sur ses lèvres. Un rictus de douleur qui tétanise sa mâchoire, sa nuque, ses épaules.
Elle a envie de se blottir dans un fossé, sous les branchages d'un arbre pour s'abriter de la pluie qui ruisselle sur elle. Mais la douleur la dissuade de s'arrêter de marcher. Elle grelotte. Le vent rejoint l'orchestre nocturne, donnant une profondeur de baryton à la sensation de froid.
La silhouette traverse le village comme une âme en peine. Elle regarde les lumières aux étages des maisons, devine la chaleur du foyer, la tranquillité et la sécurité. Elle progresse vers la sortie de la petite commune, les épaules voûtées, son unique sac en bandoulière.
À la hauteur de la dernière maison, quelqu'un fume une cigarette sous un auvent, contemplant la pluie et savourant le tabac. Ce regard se pose sur le marcheur ruisselant avant de retourner à la tiédeur intérieure.
La nuit sera longue et sans repos, promettant une douleur interminable et l'amertume du silence intérieur comme extérieur.
Un bien douloureux chemin que celui-ci. de cette silhouette. Parfois, il suffirait de presque rien, d'arrêter son regard et de parler, pour que le chemin de certain(e)s puisse un instant faire une pause.
RépondreSupprimergballand. Il est vrai qu'il suffirait de presque rien. On peut comprendre que les gens du commun éprouve une répulsion, une peur de la déchéance ; mais de là à rejeter le statut d'humain aux autres c'est fort de café.
SupprimerOn dirait que les fées ont oublié de se pencher sur le berceau de cette silhouette quand elle était un bébé. Courage..
RépondreSupprimerMme Chapeau. Si on comptait sur les fées, qui sont de vraies écervelées, on compterait sur les "fées culant", "fées ras-riz", "féestivités", etc.
Supprimer:-)
Et les fêlées dont certains aiment dire « bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière »
SupprimerEn premier, j'admire la qualité de l'écriture et le choix de l'illustration musicale.
RépondreSupprimerParler de « la silhouette » met une distance en même temps qu'une proximité. Une ambiguïté maîtrisée ajoute la force d'un intérêt sans curiosité déplacée.
Le procédé a une force indéniable. L'auteur en est-il conscient ? La réponse est sans doute dans le texte lui-même.
La silhouette est-elle allée au tréfonds de son être ? Car d'expérience personnelle le commentateur tend à penser que le fonds de l'être est une source de chaleur, de réconfort, d'ouverture à ce qu'on n'attend pas, ou qu'on n'attend plus de trop de déceptions dans l'histoire.
Et cependant il est question d'espoir. Peut-être aurait-il suffi qu'un fumeur invite ce marcheur ruisselant ? Mais le marcheur aurait-il saisi l'opportunité ?
Cependant dans le titre ce mot : « espoir ».
Le lecteur pense que l'espoir est une réalité, et pas une chimère. Une réalité présente dans la chair de celui qui écrit. Mais nul autre que lui ne peut y accéder.
Le lecteur a de l'affinité avec la silhouette.
AlainX.
SupprimerJe ne doute pas de ton affinité. L'averse de la vie peut prendre bien des formes : un passif glauque, un accident de la vie, une mauvaise augure. On devrait apprendre à lire les signes et à ne pas les édulcorer ; afin de se préparer.
Merci encore de tes encouragements, nous avons chacun notre propre style. Venant de toi, l'écrivain, je ne vais pas parader...
;-)
Jiru, avec une telle qualité d'écriture et de réflexion et par rapport à ce que tu as vécu, n'as-tu jamais eu envie d'écrire un livre ?
RépondreSupprimerMyrte, j'ai failli suggérer notre ami d'écrire un livre…
SupprimerMyrte. Selon moi il ne suffit pas d'aligner des mots approximativement comme je le fais pour être un écrivain. Ces gens là sont des personnes qui cernent et expriment l'émotion avec un don et un travail littéraire qui dépasse mon entendement. Je ne sais pas structurer efficacement un texte, alors un livre ?... Non, je me refuse à cela ; et c'est bien ainsi. Il y a suffisamment de gens qui portent préjudice à leur prédécesseur en s'autoproclamant leur équivalent.
SupprimerAlainX. Tu es un écrivain ! Comment pourrai-je prétendre exceller là où tu brilles par ton écriture ? Je ne cherche pas à rayonner ou illuminer ; ce blog n'est qu'un point de vue, rien de plus.
La silhouette devient SDF le temps de trouver un emploi et un toit parce que personne ne lui aura tendu la main, ce qui se concoit plus en ce moment ou chacun se mefie de chacun.
RépondreSupprimerCela me fait penser au temps ou mon papa nous faisez mettre une assiette de plus sur la table pour le cas ou..une silhouette venait a frapper pour se rechauffer le corps. "Toi l'Auvergnat......".
Anonyme (ou devrai-je dire : Katakana). En ce moment n'est que la répétition d'hier. La narration se passe dans les années 80, cette année que beaucoup de "boomers" regrettent si l'on en croit les rumeurs...
SupprimerAh, le Georges. Sacré Monsieur qui ne s'en laissait pas compter.
Merci pour la référence.
Desolée oui c 'est bien KATAKANA Je pense que de nos jours c est tout de même plus compliqué pour les gens n'ayant rien ni personne pour se sentir bien. Et oui notre Georges etait un super Monsieur.
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